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lundi 23 janvier 2023

Elle a fait un bébé toute seule - Emmanuelle Friedmann et Sophie Ruffieux

 
Au bonheur de Leah il ne manque que d’être mère. Le jour de ses 36 ans, elle ne prend les choses en main. En 2014, la PMA est exclusivement réservée aux couples hétérosexuels. 
Pour Leah qui est célibataire, commence alors un véritable parcours du combattant, trouver un médecin qui voudra bien l’aider sans la juger et surtout choisir l’endroit, en Europe, où elle sera à l’aise dans toutes les offres pléthoriques que propose le tourisme procréatif.
 
Lors de mon passage en librairie en décembre dernier, j’étais tombée sur cette BD en présentation. Je l’avais feuilletée, mais j’avais déjà trop d’achats, je l’ai donc reposée. Et puis finalement, quand je suis repassée à la librairie en janvier, elle était toujours là, comme si elle m’attendait. 
J’y ai vu un signe, et je l’ai prise. 
 
J’ai beaucoup aimé cette BD sur ce parcours atypique de vouloir être mère, alors qu’on est seule et que - comme le dit cette phrase magnifique que toutes les femmes entendent au moins une fois dans leur vie - l’horloge biologique tourne. 
C’est donc le cas de Leah, qui va se rendre compte que les années passent et qu’elle ne voit pas sa vie sans enfant. 
Elle va donc se lancer dans l’aventure de la maternité solo, avec beaucoup de courage, de détermination, mais aussi beaucoup de questions. Elle va également se heurter à la brutalité et au manque de compassion du monde médical et au jugement de ses proches (et moins proches) sur ses choix de vie. 
 
J’ai beaucoup aimé la manière dont les autrices ont traité ce sujet, avec beaucoup de psychologie et de bienveillance, mais sans jamais minimiser les difficultés de ce parcours. 
On y aborde également toutes les manières possibles de concevoir un enfant seule, avec les avantages et inconvénients de chaque méthode, et j’ai trouvé ça très complet et très instructif. 
Une chose m’a néanmoins légèrement chiffonnée : j’aurais aimé que cette BD aborde également « l’après » et mette en image le quotidien d’une mère célibataire avec un nourrisson issu d’une PMA solo. 
Peut-être les autrices nous offriront elle un deuxième tome sur le sujet. En tout cas, cela me plairait beaucoup et je pense qu’il y a matière à écrire sur le thème. 
 
En bref, cette BD m’a beaucoup plu car elle aborde un sujet qui m’intéresse énormément. Le fait qu’il soit traité avec beaucoup de douceur et de réalisme ne fait qu’ajouter de positif à cet ouvrage. 
Le seul autre inconvénient de cette BD, c’est qu’une fois qu’on la commence, on ne peut s’empêcher de fredonner cette fameuse chanson que tout le monde connaît.
 
 
Les infos utiles

Le site d'Emmanuelle Friedmann
La page Facebook de Sophie Ruffieux
Parution : 23 novembre 2022 - Marabout
Illustrations : Elle a fait un bébé toute seule par Emmanuelle Friedmann et Sophie Ruffieux © Marabout 2022

mercredi 13 avril 2022

Le Pavillon des combattantes - Emma Donoghue


En pleine pandémie de grippe espagnole, l'ancien monde est en train de s'effondrer. À la maternité, des femmes luttent pour qu'un autre voie le jour. 1918. Trois jours à Dublin, ravagé par la guerre et une terrible épidémie. 
Trois jours aux côtés de Julia Power, infirmière dans un service réservé aux femmes enceintes touchées par la maladie. Partout, la confusion règne, et le gouvernement semble impuissant à protéger sa population. À l'aube de ses 30 ans, alors qu'à l'hôpital on manque de tout, Julia se retrouve seule pour gérer ses patientes en quarantaine. Elle ne dispose que de l'aide d'une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney, et des rares mais précieux conseils du Dr Kathleen Lynn - membre du Sinn Féin recherchée par la police. 
Dans une salle exiguë où les âmes comme les corps sont mis à nu, toutes les trois s'acharnent dans leur défi à la mort, tandis que leurs patientes tentent de conserver les forces nécessaires pour donner la vie.

Ohlala, ce livre… Quelle claque !

Comme tout le monde, j’avais vu passer ce titre lors de la dernière rentrée littéraire et la couverture m’avait tout de suite séduite. Un livre parlant de maternité en 1918, cela ne pouvait que me plaire, même si je savais que ça n’allait pas être pour autant une partie de plaisir. 

Car le sujet traité dans ce livre est dur. Très dur. 
Parler de grossesses et d’accouchements se déroulant au début du XXe siècle, avec tout ce que cela implique comme dangers et complications pour les femmes, c’était déjà un vaste sujet. Ajoutez à cela la variable de la grippe Influenza et vous imaginez aisément l’atmosphère de ce roman. 

Jusqu'à la dernière page, j'ai espéré me tromper sur les intuitions qui me sont apparues très tôt dans ma lecture. Cependant, je pense qu'à force, mon esprit est trop bien aiguisé pour commettre ce genre d'erreur. J'ai donc dû me résoudre à avoir raison, et pour une fois, cela ne m'a pas fait plaisir.

Pourtant, malgré une thématique difficile, ce livre est plein de bienveillance et d’espoir. Il m’a à la fois brisé et réchauffé le cœur. Les femmes qui apparaissent dans ce roman sont toutes des héroïnes en puissance. Je parle évidemment de Julia et Birdie, mais aussi de leurs patientes. Chacune a quelque chose à apporter aux autres, même si elles ne s’en rendent pas compte.

La relation qui se tisse entre Julia et Birdie est vraiment sublime. A l'instar de Julia, je me suis surprise à m'attacher à cette jeune fille un brin naïve, mais pleine de vie et de bonne volonté.
Une personnalité radieuse qui illumine un roman par sa seule présence et nous met du baume au cœur à chaque apparition.

C’est pour ce genre de pépite que je continue de dévorer les livres les uns après les autres. Parce que parfois, il y en a un comme Le pavillon des combattantes qui vous déchire le cœur tout en vous donnant une sacrée dose d’espoir. 
C’est cette dichotomie quasi irrationnelle qui me plaît et que je recherche dans mes lectures.

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Le site d'Emma Donoghue
Parution VO: The Pull of the Stars - 10 juillet 2020 - Picador 
Parution VF: 19 août 2021 - Presse de la Cité

mercredi 1 décembre 2021

Un corps pour deux - Masha Sexplique, Florent Sacré et Roxanne Bee


« Nan mais t’as vu les daronnes, elles portent un bébé 9 mois. Elles accouchent en se déchirant littéralement en deux. Personne les calcule, elles s’occupent du bébé toutes seules. J’aurai jamais d’enfants. C’est mort. » 
À travers cette bande dessinée, nous découvrons le récit poignant de Masha. Une plongée dans ses pensées, ses doutes, ses souvenirs, qui mettent en évidence les injonctions à la maternité et la difficulté d’entreprendre le rôle de mère, ou encore le sentiment de solitude et de n’être qu’un corps.

J’ai découvert le compte de Masha il y a un an ou deux (en même temps que ceux d’Orgasme et moi, Jouissance Club et bien d’autres) et j’ai adoré le ton déculpabilisant de cette jeune femme et mère sur le corps et le sexe, mais aussi sur l’estime de soi, la confiance et tous les autres sujets qui y sont liés de près ou de loin. Alors quand j’ai su qu’elle sortait une BD sur la grossesse, la maternité et le post-partum, c’était sûr que j’allais l’acheter. 
Dans Un corps pour deux, Masha nous parle de sa propre grossesse et de la manière dont elle l’a vécue. Loin d’être un long fleuve tranquille, elle évoque des sujets qui sont souvent tus, par peur d’être culpabilisées et d’être taxées de "mauvaise mère". 
Comme d’habitude avec Masha, tout ceci est fait avec énormément de bienveillance et de respect, et aussi avec la pointe d’humour qui la caractérise. 

On passe donc les différentes étapes de cette grossesse en tête à tête avec l'héroïne. On ressent sa joie, ses attentes, mais également ses questionnements, ses doutes et ses peurs face à cette nouvelle étape dans sa vie.
Pour une fois, on ne nous présente pas la maternité sous le prisme exagérément positif que la société nous vend à chaque instant. Ici on est dans le vrai, dans le ressenti de toutes les émotions qui peuvent traverser quelqu'un·e à l'arrivée d'un enfant et c'est extrêmement libérateur.

Les dessins de Roxanne Bee sont très expressifs et parviennent à merveille à refléter les diverses émotions de l’héroïne. 
L’illustratrice accentue ce procédé en associant des palettes de couleurs spécifiques à chaque émotion. On passe donc de la joie et de l’insouciance à la fatigue, la peur ou l’angoisse avec juste le ton de la planche qui change et qui nous met sur la voie. 
En bref, j’ai énormément apprécié cette BD qui m’a fait voir les dessous de la maternité de manière originale et pédagogique. C'est un ouvrage déculpabilisant et vraiment très bien amené qu'il faudrait faire lire à toutes et tous.


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Le site de Masha Sexplique
Parution: 26 octobre 2021 - Editions Leduc
Illustrations: Un corps pour deux par Masha Sexplique, Florent Sacré et Roxanne Bee © Editions Leduc 2021

vendredi 10 septembre 2021

Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ? - Véronique Cazot et Madeleine Martin


Jeanne, 35 ans, vit en couple depuis huit ans avec un homme charmant, et fréquente régulièrement ses amis. Elle semble heureuse. 
Sauf que, à intervalles réguliers, la même question revient: « Et toi, quand est-ce que tu t’y mets ? »

Je n'avais jamais entendu parler de ces BD avant de les croiser sur Vinted pour compléter une commande. Je dois bien avouer que le thème me parlait fortement, même si j'avais une légère appréhension par rapport aux dates de parution (2011 et 2012).
C'était donc il y a dix ans et les discours sur les femmes qui ne veulent pas être mères n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui.

Tout ça pour dire que je n'attendais finalement pas grand chose de ces deux lectures et que j'en ai été très agréablement surprise. La position des autrices est finalement très actuelle, féministe et elle met magnifiquement en avant la liberté des femmes à disposer de leur corps.
Dans le premier tome nous rencontrons donc Jeanne, qui a 35 ans, est en couple depuis pas mal d'années et ne veut pas d'enfants. Elle l'a toujours dit, a toujours été très claire à ce sujet et son compagnon semblait être sur la même longueur d'ondes jusqu'à la naissance de sa nièce, qui lui fait remettre en question ce non-désir de paternité.

On sent dans ce tome toute la frustration de Jeanne, à qui on demande sans cesse quand elle fera un enfant et l'invisibilisation de son désir de ne pas en avoir, à coup de "Mais si, tu verras tu changeras d'avis" et autres "Les enfants c'est merveilleux, ça te change la vie".
Rajoutons à cela son compagnon qui soudainement se demande s'il n'aurait pas envie d'un enfant et reproche à Jeanne sa position sur le sujet. Alors qu'elle avait été claire dès le départ.
Le second tome aborde le sujet de l'avortement à travers le personnage de Lucie. Celle-ci tombe enceinte par accident et se retrouve confrontée aux insensées et interminables démarches afin d'obtenir un rendez-vous.
Là encore, on nous présente très justement la réalité de cette situation, entre les coups de fil interminables, les différents rendez-vous gynéco et l'absence d'empathie de certain·es. praticien·nes.

Malgré les dérives que dénoncent ces deux tomes, ceux-ci ne sont pas exempts de défaut. En effet, ils présentent la soeur de Jeanne comme une énorme caricature ambulante de la mère au foyer. 
C'est à la fois une bonne et une mauvaise chose, car à travers Adeline on se prend en pleine face le concept de charge mentale et la violence psychologique qui en découle, mais à côté de cela on peut également se poser la question du manichéisme de cette représentation: si tu es mère tu es esclave de ton foyer alors que si tu ne l'es pas tu es totalement libre.
On sait très bien que la réalité est bien plus nuancée et très honnêtement c'est le seul défaut que j'ai trouvé à cette duologie. Pour le reste, les sujets sont amenés de manière intelligente, plutôt pédagogique et avec humour évidemment.
Ce sont des BD qui mériteraient vraiment d'être plus connues.


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Tome 1: Celle qui ne voulait pas d'enfant - Fluide Glacial - 2011
Tome 2: On l'appellera Simone - Fluide Glacial - 2012
Illustrations: Et toi, quand est-ce que tu t'y mets ? par Véronique Cazot et Madeleine Martin © Fluide Glacial 2012

vendredi 2 juillet 2021

Montagnes russes - Gwenola Morizur et Camille Benyamina


Avoir un enfant est devenu une idée fixe pour Aimée et les échecs successifs de FIV sont de plus en plus durs à accepter. 
Dans la crèche où elle travaille, la jeune femme fait alors la connaissance de Charlie qui élève seule ses enfants. Elle s’attache rapidement à l’un d’eux, Julio, et se met peu à peu à outrepasser ses fonctions. Malgré cela, une amitié de plus en plus forte se tisse entre Aimée et Charlie. 
Mais quand la maman de Julio se rend compte du comportement d’Aimée vis-à-vis de son fils, elle se sent trahie par son amie. 
Les disputes et les règlements de compte entraînent alors les deux femmes sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie et dans ces sensations fortes à l’image de leur amitié.

J'ai reçu cette BD via une Mase Critique de Babelio et je suis vraiment contente d'avoir pu la lire, car c'était une très belle découverte sur le thème de la maternité et de l'infertilité.

Dans cette BD nous suivons Aimée qui est en plein parcours de PMA avec son compagnon. Les essais se suivent et se ressemblent puisque jusque maintenant aucun n'a abouti à une grossesse.
Pour ne rien arranger, Aimée est entourée d'enfants de par son métier puisqu'elle travaille dans une crèche. C'est là qu'elle va faire la connaissance de Charlie, mère célibataire de trois enfants et de son fils Julio et qu'elle va irrémédiablement s'attacher à elleux.
On pourrait se dire d'emblée que cette relation est malsaine. Une femme qui ne peut pas avoir d'enfant qui se lie d'amitié avec une femme qui a du mal à joindre les deux bouts et qui se sent parfois prisonnière de sa vie de famille.
Et effectivement ça pourrait le devenir. Mais Gwenola Morizur et Camille Benyamina traitent cette situation avec beaucoup de tact, sans entrer dans le pathos. 

On suit ces deux femmes au parcours différents et on s'attache autant à l'une qu'à l'autre, même si on est parfaitement conscient·e en tant que lecteurice qu'elles ne sont pas exemptes de défaut.
Mais c'est justement ça qui fait la beauté de cet album. On ne nous présente pas des héroïnes parfaites et sans tache. On nous montre la vie telle qu'elle est réellement, avec ses bons comme ses mauvais moments.
Avec cette BD, les autrices montrent avec énormément de bienveillance qu’il n’y a pas d’idéal maternel à suivre. Qu’on peut être une bonne mère malgré les difficultés, les doutes ou même les erreurs. Que c’est normal de parfois envier la vie des autres, d’avoir l’impression de ne pas faire les choses correctement et de se débattre avec ces idées qui nous poursuivent.

Montagnes russes est donc une fabuleuse pépite, très émouvante qui ne vous laissera pas indifférent·e. Un récit fort et magnifiquement mis en images, qui vous touchera au plus profond, que vous soyez concerné·es ou non par ce sujet. 


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L'Instagram de Gwenola Morizur
L'Instagram de Camille Benyamina
Parution: 2 juin 2021 - Bamboo Grand Angle
Illustrations: Montagnes russes par Gwenola Morizur et Camille Benyamina © Bamboo Grand Angle 2021

samedi 3 avril 2021

Chez toi - Sandrine Martin


En 2016, Sandrine Martin s'est rendue en Grèce avec le projet EU Border Care et a suivi les sages-femmes et les médecins qui prennent en charge les réfugiées pendant leur grossesse. 
Cette expérience humaine marquante lui a inspiré un récit bouleversant qui entremêle le parcours de deux femmes que les grandes crises contemporaines vont confronter à l'exil : une sage-femme grecque et une jeune syrienne. 
Un roman graphique d'une grande acuité, qui témoigne autant de l'enlisement de la société grecque que de l'espoir et de l'énergie déployés dans l'expérience de déracinement.

En commençant cette BD je savais que j'allais entrer dans une histoire dure et compliquée. Suivre le destins de deux femmes sous le spectre des conditions de vie des réfugiés, ça allait forcément être révoltant. Et ça l'a été, sous bien des aspects.

Mona est une réfugiée syrienne arrivée en Grèce dans des conditions des plus précaires et qui (sur)vit dans des conditions qui le sont tout autant, avec son mari Suleiman. Iels vivent d'abord sous une tente au sein d'un aéroport désaffecté, puis dans un squat à Athènes et ne cessent de faire des démarches pour être accueillis en Allemagne où iels ont de la famille.
Monika est mariée à un homme grec et vit avec leur fillette dans l'appartement situé un étage en dessous de chez ses beaux-parents. Elle est sage-femme tandis que son mari subit de plein fouet la crise économique du pays et se retrouve au chômage. 

Dès les premières pages ont est confronté·es à la précarité, que ce soit dans le camp même des réfugié·es ou au centre médical où se rend Mona (et où Monika travaille). On sent bien que tout tient par des bouts de ficelles et par l'ingéniosité des différent·es intervenant·es. 

On comprend facilement l'angoisse qui étreint Mona au fur et à mesure que leurs demandes d'accès au statut de réfugié·es leur sont refusées: vivre une grossesse, accoucher puis s'occuper d'un bébé dans de telles conditions, c'est tout simplement inhumain. 

Du côté de Monika c'est la pression familiale, couplée à la pression économique qui est difficile à supporter. L'ingérence de ses beaux-parents dans sa vie lui est de plus en plus insupportable et on ne peut que la comprendre.

Au fur et à mesure que les pages se tournent, le destin de ces deux femmes s'entremêle en apportant son lot de bonnes et de mauvaises surprises. Mais on ne peut que souligner la force et la détermination qui se dégagent d'elles face à ce qu'elles vivent au quotidien. Leur combativité force le respect.

Les traits délicats de Sandrine Martin adoucissent quelque peu le côté brut de l'histoire, sans pour autant le glamouriser. Les couleurs spécifiques attribuées aux deux héroïnes (bleu pour Mona et orange pour Monika) nous permettent de suivre la BD sans difficulté, tout en mettant en exergue tous les aspects de celle-ci. Les bons comme les (nombreux) mauvais moments. 
En conclusion, cette BD m'a bouleversée et révoltée à de très nombreuses reprises, ce qui prouve qu'elle a totalement rempli son rôle. L'histoire contée par Sandrine Martin rend compte de ce qu'elle a pu observer, et des rencontres qu'elle a pu faire lors de son voyage en Grèce, ce qui la rend criante de vérité.

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Le site de Sandrine Martin
Parution: 7 avril 2021 - Casterman
Illustrations: Chez toi par Sandrine Martin © Editions Casterman 2021

lundi 17 septembre 2018

Ma vie avec un scientifique: La fertilité - India Desjardins et Bach


Elle est émotive, il est pragmatique. Ensemble, ils forment un couple amoureux et complice. 
Mais leur bonheur est mis à l'épreuve le jour où ils entreprennent une nouvelle étape de leur vie à deux: celle de fonder une famille. Après plusieurs essais infructueux, ils se tournent vers les traitements de fertilité. 
Teintées par leurs perceptions très différentes des choses, leurs péripéties nous offrent un coup d'oeil plein de sensibilité et d'humour sur un sujet délicat, trop souvent tabou.

Après Rien ne se passe jamais comme prévu de Lucile Gorce et Emma Tissier, que j'avais beaucoup aimé, je continue les lectures sur la fertilité avec cette BD d'India Desjardin et Bach.
Pas que ce sujet me concerne directement, mais j'ai toujours eu un faible pour les lectures qui concernent les parents, les enfants, la maternité, etc.
Du coup, on reste dans le sujet, n'est-ce pas ?

Dans cette BD nous faisons la connaissance d'un couple très sympathique qui essaie d'avoir un bébé. Lui est scientifique, pragmatique et ne se fie qu'aux chiffres, aux statistiques et aux faits scientifiquement prouvés.
Elle est plutôt rêveuse et se fie beaucoup à ses sentiments et ses impressions, mais également aux mauvais conseils trouvés sut le net.
Pourtant, c'est un couple qui fonctionne et qui fait de ses différences une force plutôt qu'une faiblesse. Et ils vont en avoir besoin, vu le parcours du combattant qui les attend.

Ma vie avec un scientifique aborde donc le sujet tabou de la fertilité et de la difficulté de certains (pour ne pas dire beaucoup) de couples à avoir des enfants.
Mais plutôt que de donner dans le mélo et l'auto-apitoiement, cette BD tente plutôt d'aborder le sujet avec légèreté et humour.
En effet, pourquoi rajouter de la pression et du sérieux sur un sujet déjà très délicat à aborder ?


De saynètes en saynètes, nous suivons donc le parcours de ce couple dans ses différentes tentatives d'avoir un enfant.
Les dessins sont étonnants de simplicité. Avec un minimum de décor et une palette de couleurs restreinte, Bach parvient à faire passer énormément d'informations et d'émotions au lecteur.
Le tout combiné à la plume d'India Desjardin, ce duo d'autrices nous propose une BD pleine de simplicité et de douceur, mais également d'humour et d'autodérision.

En conclusion, cette BD tout en simplicité permet de dédramatiser des situations parfois très bouleversantes et difficiles pour un couple.
Une petite bulle de réconfort et de détente offerte à tous, que nous soyons parents ou non, en parcours de PMA, de FIV ou dans un parcours de procréations plus "traditionnel'. 
Cette BD parlera à tout le monde et chacun pourra en retirer ce qu'il en souhaite.


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Parution au Québec: mars 2018 - Edition de l'Homme
Parution en France: 23 août 2018 - Michel Lafon

lundi 13 août 2018

Bébé boum, tome 2: Le vrai big bang - Josée Bournival


Après une grossesse en montagnes russes, Lili tient enfin Léonard dans ses bras. Elle est convaincue que le congé de maternité qui débute sera l’occasion de reprendre le contrôle de sa vie. Douze mois de calme plat, quoi… 
Esther ne sait pas qui est le père de son fils et redoute de connaître la vérité à ce sujet. Elle devra tenir son amant à distance et éviter d’éveiller les soupçons de son mari. 
Pour Frédérique, c’est la vie à trois qui s’impose au quotidien. Apprendre à être mère en même temps qu’à être en couple est un défi de taille pour cette célibataire endurcie. Difficile de savourer une lune de miel avec un bébé dans les pattes. 
Quant à Jeannine, la présence des jumeaux vient bousculer la vie paisible qu’elle a patiemment bâtie avec Gerry. Un double boum qui ne sera pas sans conséquences. 
Quatre femmes, quatre congés de maternité, quatre histoires fort différentes, autant de bébés boums. Quatre trames qui s’entremêlent pour tisser une foule de situations savoureuses et de rebondissements incessants. Quatre personnages irrésistibles que vous aurez envie d’adopter… avec leur progéniture !

C'était déjà en 2015 que je découvrais pour la première fois Josée Bournival et sa plume, dans le premier opus de la saga Bébé Boum.
Presque 3 ans après, j'ai enfin eu l'occasion de découvrir la suite des aventures de Lili, Esther, Jeanine et Frédérique, et ce pour mon plus grand plaisir !

J'avais laissé nos quatre héroïnes peu après leurs accouchements et leurs grossesses, toutes aussi différentes les unes des autres.
C'est donc sans surprise que leur rôle de maman soit tout aussi différent suivant les personnalités de ces quatre-là.

Entre tétées, couche-culottes, post-partum et développement des bébés, cette deuxième lecture est tout aussi rythmée que la première.
On découvre les habitudes de maman d'Esther, les déconvenues de Lili, l'insouciance de Frédérique et  la facilité de Jeanine à déléguer l'éducation des jumeaux à son fidèle Gerry.

Si ces quatre femmes avaient vécu des grossesses différentes et longuement débattu de certains sujets, ce n'est pas près de s'arranger dans ce second tome.
Chacune a sa propre manière d'élever son ou ses enfants et chacune est persuadée que sa méthode est la meilleure, provoquant parfois quelques petites tensions au sein du groupe.

Malgré cela, leur récent amitié semble faite pour durer, et leurs différents ne les empêchent absolument pas de se retrouver toutes ensembles pour profiter de quelques moments de répit bienvenus dans la vie de jeunes (ou moins jeunes) mamans.

Même si j'ai tourné les pages à une vitesse folle, au point de ne pas me rendre compte de la rapidité de ma lecture, j'ai toutefois été de temps en temps choquée, ou tout du moins dérangée par les propos ou les actions de certaines de nos quatre amies.

C'est surtout le personnage de Jeanine qui m'a paru le plus insouciant dans cette histoire. J'avais l'impression qu'elle ne désirait qu'une seule chose: se faire plaindre par les autres mais en même temps déléguer toutes les tâches ingrates à Gerry - qui avouons-le est une vraie bonne pâte comme on en trouve très peu.
Elle a eu des actions et des réactions que je désapprouvent complètement, mais en même temps, je comprends la volonté de l'autrice de nous montrer toutes les facettes de la maternité, même les moins reluisantes.

J'ai aussi eu quelques griefs face aux trois autres, mais cela reste minime par rapport au comportement presque puéril de Jeanine.
Néanmoins, Le vrai big bang reste une lecture très agréable, qui se dévore en un temps record et qui nous offre une très belle diversité en matière de personnages.
Car même si j'ai eu du mal avec Jeanine, celle-ci a tout de même le mérite d'être là et d'avoir souvent les meilleures intentions du monde. C'est juste qu'elle est souvent parfois too much.

En bref, si comme moi vous aviez aimé le premier tome, n'hésitez pas une seconde et plongez-vous dans la lecture de ce tome 2 de Bébé Boum.
Certains passages vous feront parfois lever les yeux au ciel, mais c'est aussi ça qui est intéressant dans ce livre: la diversité et la différence entre chaque famille.


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Ma chronique du tome 1
Parution Québec: 27 février 2014 - Editions Hurtubise
Parution France/Belgique: 23 mais 2018 - Kennes Editions
4 tomes parus au Québec.
Pas encore de date annoncée pour la suite chez nous.



jeudi 17 mai 2018

Rien ne se passe jamais comme prévu - Lucile Gorce et Emma Tissier


Elena et Gus forment un couple idéal. Il est ingénieur, elle travaille dans la "com ", il repasse à la perfection, elle bricole dans leur maison. 
À l'approche de la trentaine, ils décident de se lancer dans une nouvelle aventure commune : fonder une famille. Seulement, rien ne se passe comme prévu et c'est finalement un parcours semé d'embûches qu'ils vont devoir traverser tant bien que mal. 
Doutes, petites joies, échecs et anecdotes rythment cette histoire presque banale, et pourtant très rarement racontée, d'un couple infertile pour lequel l'humour reste le meilleur remède !

J'ai reçu cette BD des éditions Dargaud à la fin du mois d'avril et je me suis directement jetée dessus. Cette BD avait déjà clairement tout pour me plaire: un sujet qui m'intéresse (même s'il ne me concerne pas directement), un style de dessin qui me parle et une petite touche d'humour à laquelle j'ai du mal à résister (vous commencez à me connaître à force).

Si ce ne fut pas totalement un coup de coeur, celui-ci n'est clairement pas passé loin. Je me suis tout de suite attachée au couple formé par Elena et Gus.
Je les ai trouvé attendrissants, émouvants et courageux, mais parfois drôles aussi

Les dessins d'Emma Tissier sont d'une simplicité authentique que j'apprécie beaucoup (je dis "simplicité" sans aucune forme de jugement évidemment).
La dessinatrice ne s'encombre pas de centaine de fioritures; elle se concentre sur ses personnages, sur leur quotidien, leurs émotions et leurs ressentis.

L'ensemble est essentiellement noir et blanc, avec seulement des pointes de couleurs que l'on assimile à des tâches d'aquarelle entourant les personnages et qui traduisent à la perfection leurs émotions.
Ce subtil jeu de couleurs ajoute à l'originalité de la BD.


Le scénario de Lucile Gorce n'est évidemment pas en reste, puisqu'il met en lumière le quotidien d'un couple dans son Odyssée vers la procréation. 
Un sujet qui est très peu abordé en BD, au vu des tabous qui l'entourent encore très fortement dans notre société.
Le très bon In vitro veritas de Lapuss' est le seul autre titre qui me vient en tête quand on évoque les problèmes de procréation et de fertilité.

Ainsi, Rien ne se passe jamais comme prévu aborde avec simplicité et pédagogie la problématique de l'infertilité, mais a en plus à le mérite de le faire avec une touche d'humour qui n'est absolument pas déplacée dans de telles circonstances.
Au contraire, ces quelques moments de rire permettent au lecteur  de reprendre son souffle avant de replonger dans les tribulations du couple.

En conclusion, je ne peux que conseiller à tout le monde la lecture de cette superbe BD, qui j'en suis sûre, ne laissera personne indifférent.
Sachez au passage que mon exemplaire a déjà atterri dans d'autres mains que les miennes, et qu'il a fait sensation.
Je dis ça, juste au cas ou... 😉


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Parution: 27 avril 2018 - Dargaud