Affichage des articles dont le libellé est LGBTQ+. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LGBTQ+. Afficher tous les articles

mercredi 27 avril 2022

Coming In - Élodie Font et Carole Maurel


Visiblement, la Terre entière le savait avant elle : Élo est homo. 
Dans "Coming In", Élodie Font raconte les longues années - de l'adolescence à la trentaine - qui lui ont été nécessaires avant de réussir à oser, enfin, être elle-même. 
Un récit drôle et sensible, mêlant pensées d'hier et réflexions d'aujourd'hui, mis en lumière par le trait puissant et poétique de Carole Maurel.

Si le concept de coming out ne nous est plus étranger, le titre de ce roman graphique a tout de même de quoi interpeler. Car finalement, coming in, kezako ? 

Ce récit c’est celui d’Elodie Font et de ses questionnements sur elle-même, ses affinités, ses sentiments, sa sexualité et ses différentes relations. 
Une quête de soi qu’elle mène des années durant et qui apporte son lot de bons et de mauvais moments. 
Porté et sublimé par les magnifiques traits et couleurs de Carole Maurel, ce roman graphique nous plonge au cœur de la vie de l’autrice avec beaucoup de bienveillance. Évidemment il y a des passages plus durs que d’autres, mais ce qui ressort de ce livre, c’est avant tout l’espoir et la douceur. 

Cette BD résonnera très certainement chez énormément de personnes queer, puisque les questionnements de l’héroïne sont partagés par beaucoup. Car même si la parole se libère de plus en plus et que les informations sont plus accessibles aujourd’hui, il n’en demeure pas moins qu’aborder son identité de genre et/ou sa sexualité c’est encore tabou dans dans nombreux milieux et cela a un véritable impact sur la manière dont on se perçoit. 
Car si le coming out c’est se révéler aux yeux des autres, le coming in c’est avant tout se révéler à soi-même, se comprendre, s’accepter et s’assumer, ce qui est parfois - souvent - tout aussi intense.


Les infos utiles

Le site de Carole Maurel
L'Instagram d'Elodie Font
Parution : 29 septembre 2021 - Payot Graphic
Illustrations: Coming In par Élodie Font et Carole Maurel © Payot Graphic 2021

mercredi 13 avril 2022

Le Pavillon des combattantes - Emma Donoghue


En pleine pandémie de grippe espagnole, l'ancien monde est en train de s'effondrer. À la maternité, des femmes luttent pour qu'un autre voie le jour. 1918. Trois jours à Dublin, ravagé par la guerre et une terrible épidémie. 
Trois jours aux côtés de Julia Power, infirmière dans un service réservé aux femmes enceintes touchées par la maladie. Partout, la confusion règne, et le gouvernement semble impuissant à protéger sa population. À l'aube de ses 30 ans, alors qu'à l'hôpital on manque de tout, Julia se retrouve seule pour gérer ses patientes en quarantaine. Elle ne dispose que de l'aide d'une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney, et des rares mais précieux conseils du Dr Kathleen Lynn - membre du Sinn Féin recherchée par la police. 
Dans une salle exiguë où les âmes comme les corps sont mis à nu, toutes les trois s'acharnent dans leur défi à la mort, tandis que leurs patientes tentent de conserver les forces nécessaires pour donner la vie.

Ohlala, ce livre… Quelle claque !

Comme tout le monde, j’avais vu passer ce titre lors de la dernière rentrée littéraire et la couverture m’avait tout de suite séduite. Un livre parlant de maternité en 1918, cela ne pouvait que me plaire, même si je savais que ça n’allait pas être pour autant une partie de plaisir. 

Car le sujet traité dans ce livre est dur. Très dur. 
Parler de grossesses et d’accouchements se déroulant au début du XXe siècle, avec tout ce que cela implique comme dangers et complications pour les femmes, c’était déjà un vaste sujet. Ajoutez à cela la variable de la grippe Influenza et vous imaginez aisément l’atmosphère de ce roman. 

Jusqu'à la dernière page, j'ai espéré me tromper sur les intuitions qui me sont apparues très tôt dans ma lecture. Cependant, je pense qu'à force, mon esprit est trop bien aiguisé pour commettre ce genre d'erreur. J'ai donc dû me résoudre à avoir raison, et pour une fois, cela ne m'a pas fait plaisir.

Pourtant, malgré une thématique difficile, ce livre est plein de bienveillance et d’espoir. Il m’a à la fois brisé et réchauffé le cœur. Les femmes qui apparaissent dans ce roman sont toutes des héroïnes en puissance. Je parle évidemment de Julia et Birdie, mais aussi de leurs patientes. Chacune a quelque chose à apporter aux autres, même si elles ne s’en rendent pas compte.

La relation qui se tisse entre Julia et Birdie est vraiment sublime. A l'instar de Julia, je me suis surprise à m'attacher à cette jeune fille un brin naïve, mais pleine de vie et de bonne volonté.
Une personnalité radieuse qui illumine un roman par sa seule présence et nous met du baume au cœur à chaque apparition.

C’est pour ce genre de pépite que je continue de dévorer les livres les uns après les autres. Parce que parfois, il y en a un comme Le pavillon des combattantes qui vous déchire le cœur tout en vous donnant une sacrée dose d’espoir. 
C’est cette dichotomie quasi irrationnelle qui me plaît et que je recherche dans mes lectures.

Les infos utiles

Le site d'Emma Donoghue
Parution VO: The Pull of the Stars - 10 juillet 2020 - Picador 
Parution VF: 19 août 2021 - Presse de la Cité

vendredi 6 août 2021

Le Festival du Dragon-Thé - Katie O'Neill


Rinn a grandi entourée de dragons-thé dans son village, mais tomber face à un véritable dragon est tout autre chose ! Elle rencontre Aedhan, un jeune dragon qui avait été envoyé pour protéger le village. Mais Aedhan s'est endormi dans la forêt il y a quatre-vingt ans... 
Avec l'aide d'Erik, l'oncle de Rinn, et de son compagnon Hesekiel, ils vont tous enquêter sur les mystères de ce sommeil enchanté. Mais Rinn souhaite surtout aider Aedhan à accepter le fait qu'il ne pourra pas rattraper le temps perdu...

Même s’il est paru après, l’histoire du Festival du Dragon-Thé se déroule avant celle du Cercle du Dragon-Thé. Et si le premier tome était un vrai coup de coeur, celui-ci n'échappe évidemment pas à la règle. En même temps il faudrait être vraiment difficile pour ne pas aimer cette BD - ou n'avoir aucun goût.
Nous y retrouvons Hesekiel et Erik durant leur jeunesse, alors qu’ils se rendent au village de ce dernier.
Nous y faisons également la connaissance de Rinn, qui durant une promenade tombe sur Aedhan, un véritable dragon qui a été plongé dans un sommeil de 50 ans. 
Tout ce petit monde va alors mener l’enquête pour découvrir quelle créature fantastique possède un tel pouvoir.

Comme d’habitude les dessins de l’autrice sont à tomber. Chaque planche est une invitation à plonger dans la beauté de ses traits et on ne peut s’empêcher d’avoir le cœur qui fond face à tant de mignonitude.
Car les Dragon-Thé sont toujours aussi présents, toujours aussi facétieux et toujours aussi choupi. 
Mais en plus d’être une petite merveille graphique, cet album nous invite à prendre le temps de profiter des petits moments de bonheur qui se présentent dans notre quotidien. À savourer les choses simples de la vie et à ne pas regretter les décisions que l’on a prises.
Car le bonheur se trouve dans les petites choses.

Et pour ne rien gâcher, en plus de la douceur et de la bienveillance qui se dégagent de cette BD, celle-ci est une merveille en terme d’inclusivité. Tout paraît toujours joyeux et simple dans cet univers et ce serait tellement agréable que tout ceci déteigne un peu sur notre quotidien.

Les infos utiles

Le compte Instagram de Katie O'Neill
Son Twitter
Ma chronique du tome 1
Parution VO: The Tea Dragon Festival - 17 septembre 2019 - Oni Press
Parution VF: 16 avril 2021 - Bliss Editions
Illustrations: Le Festival du Dragon-Thé par Katie O'Neill © Bliss Editions 2021

mercredi 28 juillet 2021

Today Tonight Tomorrow - Rachel Lynn Solomon


Ils se détestent, se découvrent, puis apprennent à s'aimer. Vous avez une impression de déjà-vu ? Peut-être.
Sauf que Rowan adore les romans d'amour. Elle en connaît toutes les ficelles. Elle rêve même d'en écrire. Alors les ennemis d'hier qui deviennent les amoureux de demain, elle connaît. 
Et c'est bien pour ça qu'elle ne risque pas de tomber amoureuse de Neil, son éternel rival du lycée !

De manière générale je lis assez peu de romance. Pas parce que je n'aime pas ça, mais simplement parce que je préfère la SFFF et que j'y consacre donc plus de temps. Mais parfois, quand l'occasion s'y prête, j'aime me plonger dans une romance le temps de décompresser un peu. Et puis quelle meilleure période que l'été pour cela ?

En plus ça tombait plutôt bien, puisque le résumé promettait une lecture qui s'éloignait des clichés de la romance pour nous proposer quelque chose d'original.
À ce niveau, j'ai envie de dire oui... et non.

Parce que des clichés et des tropes déjà vus dans le milieu de la romance, il y en a des tas dans ce roman. À commencer par le pitch de base qui nous promet un classique mais non moins efficace "ennemies to lovers".
Là où c'est original, c'est dans la construction des personnages: Rowan est une fan de romance et en écrit justement une qu'elle voudrait un jour faire publier et Neil est un très grand amateur de littérature jeunesse. Deux genres qui souffrent d'être considérés comme de la sous-littérature par énormément de personnes.

Ainsi nous suivons Rowan et Neil durant leur dernière journée de lycée, consacrée à la remise des différents prix, mais surtout à la Traque. Une chasse au trésor grandeur nature dans Seattle, organisé par les élèves du lycée pour les Terminales où celleux-ci doivent prendre en photo des lieux ou des situations particulières tout en évitant de se faire éliminer par les autres concurrent·es.
Ce principe est tout simplement génial et ajoute un peu de suspense à l'histoire.

Durant cette journée, notre duo va donc la passer ensemble ce qui va permettre à Rowan de remettre en question tout ce qu'elle pense sur Neil. Vous le voyez venir vous aussi ? Normal, c'est voulu, mais cela ne nous empêche pas de savourer l'histoire pour autant et d'avoir notre petit coeur qui palpite durant les moments émotionnellement plus intenses.

Pour ne rien gâcher Rachel Lynn Solomon dénonce l'antisémitisme ordinaire dont ses personnages sont victimes, et elle introduit également dans son casting un couple de femmes formé par Kirby et Mara, les deux meilleures amies de Rowan.
J'aimerais qu'un jour cela devienne tellement banal qu'on ne doive plus le souligner, mais en attendant je trouve normal de l'évoquer dans ma chronique.

En conclusion, je ne peux que vous inciter à découvrir Today Tonight Tomorrow. Ce roman allie la romance à des sujets plus importants et nous incite à nous éloigner des clichés et des stéréotypes qu'on a tendance à coller un peu partout.


Les infos utiles

Le site de Rachel Lynn Solomon
Parution VO: 28 juin 2020 - Simon & Schuster Books 
Parution VF: 9 juin 2021 - Editions Milan

vendredi 23 juillet 2021

Heartstopper, tome 4 : Choses sérieuses - Alice Oseman


Charlie était persuadé que Nick ne partagerait jamais ses sentiments. Pourtant, les voilà officiellement en couple, et Charlie se sent de plus en plus prêt à dire « je t’aime ». 
Nick partage ses sentiments, mais il a plein de choses en tête, notamment faire son coming-out à son père et les possibles troubles alimentaires de Charlie. 
Alors que l’été devient automne et que la rentrée approche, Charlie et Nick vont en apprendre beaucoup sur l’amour, le vrai, et tout ce qu’il implique. 

Après avoir adoré les trois premiers tomes, il était évident que j'allais me jeter sur celui-ci et qu'il n'allait pas faire long feu entre mes mains.
Car Alice Oseman possède un talent incroyable pour créer des personnages tous plus attachants les uns que les autres. Et je ne parle pas uniquement de Nick et Charlie.

Nick et Charlie sont maintenant en couple aux yeux de leur entourage et leur relation continue donc de grandir et d'évoluer. Mais ce tome ne se concentre pas uniquement sur les bons moments, il en aborde également de plus sérieux et de plus compliqués.
Nick souhaite avouer sa bisexualité à son père, mais il doit également subir les remarques incessantes et malveillantes de son frère. Et puis il a les troubles du comportement alimentaire de Charlie.
Nos deux héros vont devoir affronter ce problème mais également apprendre à demander de l'aide, car comme le dit si justement la mère de Nick "l'amour ne soigne pas les maladies mentales".

C'est donc un tome un peu plus sérieux que nous propose l'autrice, tout en continuant de garder ce ton bienveillant et ce dessin quasi naïf qui nous plait tant depuis les premières pages.
A travers tout ceci, Alice Oseman nous prouve qu'on peut très bien aborder des sujets très sérieux dans un comics à destination des ados.
Ce roman graphique s'adresse véritablement à tous et toutes. Il se veut ouvert et extrêmement bienveillant. A l'instar de Nick, Charlie et de leur groupe d'ami·es d'horizon différents mais plus soudé·es et solidaires que jamais.

Et même si on y aborde des sujets sensibles mais essentiels, Heartstopper reste un petit bonbon acidulé qu'on dévore avec beaucoup de plaisir lorsqu'on a un petit coup de mou et qui redonne foi en l'humanité.
 

Les infos utiles

Le site d'Alice Oseman
Sa page Facebook
Son Twitter
Ma chronique du tome 1
Ma chronique du tome 2
Ma chronique du tome 3
Parution VO: 6 mai 2021 - Hodder Children's Books
Parution VF: 9 juin 2021 - Hachette
Illustrations: Heartstopper par Alice Oseman © Hachette 2021

mercredi 14 juillet 2021

Chroniques de San Francisco, tome 8: Mary Ann en automne - Armistead Maupin


Mary Ann flâne sur la colline de Russian Hill. Elle est revenue à San Francisco, ville de sa jeunesse, après vingt ans d'absence. Sa vie est en miettes : trompée par son mari, atteinte d'un cancer, elle vient chercher du réconfort auprès de son vieil ami, Michael Tolliver. 
De confidences en escapades, Mary Ann savoure les plaisirs d'une liberté retrouvée. 
Un retour aux sources pour un nouveau départ ?

Depuis un petit moment Les Chroniques de San Francisco est devenue ma saga doudou. Celle que je me réserve pour quand j'ai un petit coup de mou. Récemment ça a été le cas: j'ai eu une semaine un peu plus compliquée que d'habitude et alors que je peinais à entrer dans ma lecture en cours, j'ai décidé de bifurquer à 180 degrés et d'entamer cet avant-dernier tome de la saga.

Comme d'habitude la magie d'Armistead Maupin a opéré: je me suis retrouvée embarquée dans les rues de San Francisco en compagnie de Mary Ann - un personnage que j'ai parfois du mal à apprécier - et j'ai profité de cette bulle hors du temps pendant une journée.

Dans ce tome, nous retrouvons tous nos personnages chouchous à l'exception de Bryan. Et même si sa présence m'a un peu manqué, elle a vite été éclipsée par la présence de tous les autres.
Mary Ann revient donc à San Francisco alors qu'elle se sépare de son mari qui la trompe et qu'elle se découvre atteinte d'un cancer de l'utérus.

Elle va donc être hébergée par Michael et Ben pendant sa convalescence ce qui va lui permettre de renouer avec les ami·es qu'elle n'a pas vu·es depuis longtemps, notamment DeDe et D'or - qui m'avaient manquées à moi aussi.

Si vous connaissez déjà la saga, vous savez que l'auteur nous propose la plupart du temps un fil rouge à suivre dans chaque tome. Et s'il est très souvent présent, il n'est pas toujours facile à déceler. Souvent on s'en rend compte lorsqu'on est proche de la fin de notre lecture.
Cela a été un peu le cas ici, et je dois dire que je ne m'attendais tout simplement pas à ce rebondissement !

Cette fois-ci Armistead Maupin est allé chercher très loin son fil conducteur et si je dois être totalement honnête avec vous, celui-ci m'a réellement mise mal à l'aise. Surtout à la toute fin du roman, lorsque tous les éléments se recoupent.
Franchement ça faisait froid dans le dos et je m'interroge toujours sur la pertinence du truc.

Quo qu'il en soit, ce huitième tome des Chroniques de San Francisco aura tout de même parfaitement joué son rôle, puisque le temps d'une journée je me suis évadée de mes propres problèmes pour m'intéresser au quotidien haut en couleur de mes personnages favori·es. Et c'était tout ce que je lui demandais.


Les infos utiles

Le site d'Armistead Maupin
Sa page Facebook
Son Twitter
Ma chronique du tome 1
Ma chronique du tome 2
Ma chronique du tome 3
Ma chronique du tome 4
Ma chronique du tome 5
Ma chronique du tome 6
Ma chronique du tome 7
Parution VO: Mary Ann in Autumn - 2 novembre 2010 - Harper & Row
Parution VF: 23 mai 2012 - Editions Points

lundi 12 juillet 2021

Princesse princesse - Katie O'Neill


Aventurière en devenir, la princesse Amira rencontre la princesse Sadie et la libère de la tour dont elle était prisonnière. À leur grande surprise, elles vont devenir amies malgré leurs différences. 
Sur les routes du royaume, Sadie et Amira vont joindre leurs forces pour déjouer les plans de la sorcière qui a emprisonné Sadie et l’humilie constamment.

J'ai découvert Katie O'Neill avec le merveilleux Cercle du Dragon-Thé et j'ai eu envie de continuer avec cet album qui promettait de très belles choses. A ce niveau, je n'ai pas été déçue puisqu'on nous parle de déconstruction des stéréotypes de genre et histoire d'amour entre deux filles.

Lors d'un de ses voyages, Amira croise la route de Sadie, enfermée dans une haute tour. Après l'avoir délivrée, les deux jeunes filles continuent leur voyage durant lequel elles vont tomber sur divers personnages, dont un prince et un ogre.

Grâce à ces différents personnages, Katie O'Neill nous propose une histoire qui s'éloigne complètement des stéréotypes de genre, où c'est forcément le vaillant prince qui délivre la pauvre petite princesse en détresse. 

Amira et Sadie font toutes les deux preuve de courage et de vaillance, chacune à leur manière. L'une souhaite faire ses preuves en aidant les personnes qui en ont besoin et peu importe qu'il s'agisse d'humain ou de créatures fantastiques, tandis que Sadie souhaite gouverner son royaume avec justice et bienveillance.

Cette BD s'adresse avant tout à un jeune public. En effet, les aventures de nos héroïnes ne sont plutôt courtes et assez simples. On est loin des grandes batailles épiques à la Game of Thrones mais le plus important à retenir c'est le message qui ressort de cette lecture: peu importe notre genre, il n'y a pas de limite à ce qu'on peut accomplir, si ce n'est notre propre volonté.

Princesse Princesse est une BD à mettre absolument entre toutes les mains. Dans celles des enfants, mais également dans celles des parents, qui jouent un énorme rôle dans notre construction. 
C'est typiquement le genre de livre indispensable à avoir dans sa bibliothèque, car en plus de se jouer des stéréotypes de genre il nous offre une diversité de personnages des plus inclusives.

On aimerait voir plus de livres de ce genre publié


Les infos utiles

L'Instagram de Katie O'Neill
Parution VO: Princess princess ever after - 20 septembre 2016 - Oni Press 
Parution VF: 3 juillet 2020 - Bliss éditions
Illustrations: Princesse princesse par Katie O'Neill © Bliss édition 2020

lundi 10 mai 2021

L'année où je suis devenue ado - Nora Dåsnes


Cher journal, au secours ! Depuis que je suis en 5e, mes meilleures amies se détestent. 
Maintenant que Linnéa sort avec Martin, elle évite de jouer avec Bao et moi. Soi-disant c'est pas mature ! Bao est hyper en colère. Moi... je ne sais pas. Entre leurs disputes, je deviens quoi ? 
Et qu'est-ce que ça veut dire, être mature ? C'est ça, être cool ? Comment on fait, pour tomber amoureuse ?
Mariam la nouvelle, est au-dessus de tout ça, elle...

Comme souvent c'est la couverture qui m'a attirée dans cette BD. J'ai tout de suite aimé les couleurs utilisées par l'autrice et le titre m'a laissé présager une histoire intéressante. Cela ne s'est pas démenti dans ma lecture.

Emma est ravie de rentrer en 5e et de retrouver ses amies Linnéa et Bao. Cependant cette année ne sera pas comme elle l'avait espéré car ses amies s'éloignent l'une de l'autre, laissant notre héroïne coincée entre les deux.
En effet Linnéa se trouve plus mature que ses deux amies et estime que passer ses récrés dans la forêt à construire une cabane, franchement c'est gamin. De son côté Bao ne voit pas du tout l'intérêt de sortir avec quelqu'un, se maquiller et aller s'acheter des fringues neuves toutes les semaines.
Au milieu de tout cela Emma est perdue, car d'un côté elle aime construire des cabanes dans la forêt et de l'autre elle aimerait tomber amoureuse. Mais apparemment ces choses-là sont incompatibles. Vraiment ?

J'ai adoré le ton de cette BD et la candeur qui se dégage d'Emma. On la sent vraiment perdue dans cette transition de l'enfance à l'adolescence: elle ne sait clairement pas où se placer.
Combien d'entre nous ont ressenti ça à l'approche de l'adolescence ? L'envie de continuer à jouer aux Playmobil (oui désolée je n'étais pas trop Barbie) tout en voulant être pris·e au sérieux par notre entourage. 
C'est quelque chose que l'on est beaucoup à avoir vécu, tout comme le fait de se retrouver entre deux ami·es qui ne s'entendent pas ou plus. Cela rend cette période encore plus compliquée qu'elle ne l'est déjà et Nora Dåsnes le retranscrit très bien à travers le personnage d'Emma et ce qu'elle confie à son journal intime.

J'ai également été très touchée par la façon dont notre héroïne se questionne par rapport à Mariam et aux sentiments qu'elle éprouve face à cette dernière. J'ai aimé la façon bienveillante dont son père lui fait comprendre que c'est ok de ressentir tout cela, notamment à travers la discussion qu'iels ont au parc ou à la playlist qu'il lui propose je sens d'ailleurs que je vais me la créer aussi. Toutes ces petites choses mises bout à bout font de cette BD un petit havre de douceur et d'inclusivité qu'il est bon de présenter dans un ouvrage à destination des jeunes ados.
En bref, cette BD est un vrai petit bijou graphique mais aussi pédagogique. J'en suis ressortie avec le coeur débordant d'émotions positives et des étoiles plein les yeux, avec une envie de la serrer très fort dans mes bras - ce que j'ai fait by the way.
Courrez vous la procurer, je vous promet qu'elle en vaut la peine !


Les infos utiles

Le site de Nora Dåsnes
Parution VO: Ti kniver i hjertet - 22 mai 2020 - Aschehoug forlag 
Parution VF: 5 mai 2021 - Casterman
Illustrations: L'année où je suis devenue ado par Nora Dåsnes © Casterman 2021

mercredi 21 avril 2021

Le genre: Cet obscur objet du désordre - Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu


Durant la dernière décennie, des millions de personnes ont manifesté contre lui à travers le monde... Pourtant, il reste largement méconnu. Qualifié par ses adversaires de théorie ou d'idéologie, le concept de genre fait l'objet de vives polémiques concernant l'éducation, le mariage et la filiation. Cette bande dessinée part de l'exemple français et notamment des manifestations contre le « mariage pour tous ». 
De la Pologne au Brésil, en passant par l'Italie et la Hongrie, les détails changent mais l'enjeu reste le même : ces mobilisations conservatrices questionnent le fondement même des démocraties libérales.

Depuis que je suis ouvertement féministe, je me renseigne et me nourris d'énormément d'écrits, de blog, de publication Instagram et autres afin de toujours en apprendre plus, de confronter mes idées et de discuter avec des personnes bienveillantes.
Cela fait donc un bon moment que j'ai entamé mon processus de déconstruction par rapport aux stéréotypes de genre, à l'hétéronormativité et à toutes ces choses qui nous sont inculquées depuis toujours et qu'on ne remet que très peu en cause. 

Ainsi quand j'ai aperçu ce titre dans le programme de parution des éditions Casterman, il était évident que j'allais vouloir le lire. Le titre m'a tout de suite sauté aux yeux et j'étais curieuse de découvrir cette BD.
Ce titre dresse donc le portrait de ce qu'ils s'est passé durant ces dix dernières années concernant le concept du genre, en partant de l'exemple français. Un portrait qui n'est évidemment pas neutre étant donné que les auteurices sont elleux aussi impliqué·es dans les luttes féministes, antisexistes, etc.

J'ai trouvé cet ouvrage vraiment très complet. Les auteurices partent effectivement de faits qui se sont déroulés en France et ailleurs, analysent les divers discours qui ont été prononcés à la fois par les partis dits "conservateurs" et "réformateurs" et nous en livrent une synthèse dans cette BD.

Etant moi-même belge, il y a des choses que j'avais parfois du mal à appréhender, notamment par rapport au fonctionnement politique français, mais dans l'ensemble le tout est bien présenté et analysé. 
Cependant je pense que ce livre est tout de même assez poussé et qu'il faut déjà avoir un certains bagage pour l'appréhender pleinement. Je pense d'ailleurs en faire une deuxième lecture afin d'être certaine de bien tout assimiler.
On parle notamment dans cette BD de la notion de "théorie du genre", un terme utilisé dans les discours conservateurs et qui serait une mauvaise traduction et interprétation du terme anglais "gender theory". De là découlent évidemment énormément de dérives scientifiquement approximatives et autres joyeusetés qui alimentent les argumentaires limités et haineux.

Je dois bien avouer que je n'avais jamais vraiment réfléchi à l'impact des mots "théorie du genre" avant de lire le chapitre qui y est consacré ici. J'ai trouvé les explications très parlantes et pertinentes et je serai d'autant plus vigilante maintenant sur les termes que j'emploie au quotidien.
Le format BD est véritablement intéressant dans un tel contexte. Il permet d'expliquer les choses simplement et d'apporter un support visuel à des notions parfois abstraites. En un coup d'oeil on va directement au fond des choses, et ce avec beaucoup de pédagogie.

En conclusion, je pense que c'est une BD qui va faire partie des must-have de ma bibliothèque en ce qui concerne la déconstruction du genre. C'est un ouvrage très complet sur le sujet, que les auteurices ont tenté de rendre le plus accessible possible, mais qui à mon sens demande d'être un minimum informé·es sur certains concepts.


Les infos utiles

Le site d'Anne Charlotte Husson
Le dossier de presse de l'album (à lire car il est vraiment très intéressant)
Parution: 21 avril 2021 - Casterman
Illustrations: Le genre: Cet obscur objet du désordre par Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu © Casterman 2020

vendredi 9 avril 2021

L'Odeur de la Pluie - Gwendoline Vervel


Cette année, c’est la rentrée en seconde tant attendue pour Fred, Mélodie et sa meilleure amie Faustine. Pour les deux jeunes filles, c’est le moment ou jamais de se faire une place dans la bande des frères Colin qu’elles cherchent à intégrer depuis des années. 
Pour Fred, c’est un nouveau départ, loin du collège où il s’est fait harceler pendant plus d’un an. Mais ce qui devait être une année de rêve se transforme en cauchemar… 
Au milieu de la tempête, c’est la force de leur amitié qui leur permettra de rester debout.

J'ai reçu L'Odeur de la pluie via Babelio dans le cadre de la rencontre zoom qui aura lieu le 6 avril (au moment où j'écris cette chronique cette rencontre n'a pas encore eu lieu). Etant donné que j'en ai pas mal entendu parler sur les réseaux, j'ai eu envie de me faire mon propre avis sur ce roman.

Avant de commencer ce livre, sachez qu'il y a des TW assez importants. La liste se trouve au début du roman. Si vous ne vous sentez pas à l'aise avec ces sujets ou si cela risque de réveiller chez vous des traumatismes, je vous invite à ne pas lire ce livre, car les scènes sont très explicites. L'autrice n'y va pas par quatre chemins et cela peut choquer.

Nous suivons donc Faustine et Mélodie à l'aube de leur entrée au lycée. Les deux adolescentes sont amies depuis des années, mais force est de constater que dans cette amitié, c'est clairement Mélodie qui mène la danse. Très souvent au détriment de son amie.

Le troisième point de vue de ce roman nous est offert par Fred, un nouvel élève qui vient d'emménager dans le quartier après avoir subi harcèlement et agression. Après ces événements, Fred souhaite avant tout passer inaperçu, ne pas se faire remarquer afin que l'histoire ne se répète pas.

Pour tout vous dire, pendant une bonne partie du roman j'ai eu beaucoup de mal avec Mélodie. J'ai trouvé que sa relation avec Faustine était vraiment toxique. Et c'est en partie ce qui rend la suite du roman si dure, car en tant que lecteurice on pourrait très facilement se laisser aller au victim blaming.

Je pense que c'est en partie ce que l'autrice a voulu dénoncer dans son roman. A travers le personnage de Mélodie, Gwendoline Vervel nous montre qu'il est très facile de juger les gens sur leur comportement et que les dynamiques de groupe peuvent être très destructrices.

C'est donc un roman très fort que nous livre ici Gwendoline Vervel. Un roman qui aborde des sujets très durs, tels que le harcèlement, la transphobie, les agressions sexuelles et le viol mais il nous montre également l'impact que peuvent avoir la solidarité, la sororité et l'amitié dans un groupe.

Ce roman n'est peut-être pas parfait, mais il a le mérite de montrer les choses telles qu'elles sont, sans les enjoliver ni en minimiser leur impact. J'ai été chamboulée par cette lecture, mais je tiens à redire qu'elle n'est pas accessible à tous·tes au vu des thèmes abordés.


Les infos utiles

Le site Gwendoline Vervel
Parution: 1er avril 2021 - Scrineo

mercredi 24 mars 2021

Tous debout - Agnès Marot et Cindy van Wilder


D'un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l'autre,il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d'énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. 
Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsqu'Anton découvre qu'il est sans- papiers... une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis.... 
Bientôt, les événements prennent une tournure qui les dépasse. Rahim sur le point d'être expulsé, les élèves doivent mettre leurs différends de côté pour faire cause commune. Avec Méloée en tête de cortège, le lycée devient un territoire de lutte. 
Barricadés derrière les grilles, tous lèvent le poing pour défendre Rahim. Dans cette cohabitation forcée, les langues se délient, les secrets éclatent au grand jour. Pourtant, pour la première fois, chacun doit affirmer haut et fort ses valeurs. Jusqu'où seront-ils prêts à aller pour défendre leurs idéaux ?

S'il y a bien un roman que j'attendais avec impatience cette année, c'est bien Tous debout d'Agnès Marot et Cindy van Wilder. J'aime beaucoup le travail de ces deux auteurices et avoir l'occasion de lire un roman écrit à quatre mains par elleux ne pouvait que faire mouche.
Je ne vous étonne pas en vous disant que cela a été le cas et que c'est un énorme coup de coeur !

Ce récit est porté à la fois par Anton, un adolescent qui abrite une rage contenue qu'il déverse via le Tumblr de Gossip Boy, son alter ego et Méloée, une jeune fille vive d'esprit qui a soif de justice. Ces deux-là sont diamétralement opposé·es - et ne s'entendent même pas la plupart du temps - pourtant iels vont se battre ensemble pour que Rahim obtiennent des papiers et puisse rester en France.

Ce roman est un vrai coup de poing, comme en témoigne sa couverture. C'est percutant, c'est dur et ça sonne presque comme banal vu le nombre d'histoires du genre qu'on a déjà vu et entendu passer dans les médias.
Mais c'est aussi une histoire d'entraide, de solidarité. Une histoire d'amour et d'amitié qui ne peut laisser personne indifférent·e, tout en étant pleine d'espoir.

Chaque personnage a quelque chose à raconter. Que ce soit Rahim, Anton ou Méloée, mais aussi Mathis, Sofia, Charlotte et tous·tes les autres. Iels ne sont pas exempt·es de défauts, que du contraire, mais iels arrivent à trouver la force de se battre ensemble pour une cause commune. C'est véritablement inspirant.

Pour terminer sur une note plus légère, j'ai été totalement aspirée par ce roman, par son rythme et par les plumes qui le portent. C'est assez drôle, car sans le vouloir je n'ai eu aucune difficulté à reconnaître la patte des deux auteurices et ainsi deviner qui écrivait quel personnage. C'était finalement assez parlant et cela m'a fait sourire à de nombreuses reprises.

En conclusion, je vous conseille de vous précipiter sur ce roman, de le lire et d'encourager les personnes de votre entourage à le lire à leur tour. Car c'est un livre fort et poignant, mais c'est aussi une très belle histoire, porteuse d'espoir.


Les infos utiles

Le blog d'Agnès Marot
Sa page Facebook
Son Twitter
Le blog de Cindy van Wilder
Sa page Facebook
Son Twitter
Parution: 10 mars 2021 - Hugo New Way

mardi 9 mars 2021

Shadowscent, tome 2: La couronne de fumée - P. M. Freestone


Persuadée d'avoir perdu Ash à jamais, Rakel a fui la capitale et ses horribles complots. Désormais, elle n'a plus qu'un objectif utiliser ses dons pour trouver un remède contre le mal qui ronge son père. Mais au-delà des frontières de l'empire, elle va devoir se confronter aux fantômes de son passé... 
Alors que tout le monde le croit mort, Ash lutte de toutes ses forces pour survivre dans le donjon du palais et cherche désespérément un moyen de s'enfuir. Car si l'on découvre le secret de ses pouvoirs, plus rien ne pourra empêcher la guerre civile... 
Que Rakel et Ash le veuillent ou non, le sort d'Aramtcsh est désormais entre leurs mains. Mais auront-ils les épaules assez solides ?

Après avoir énormément aimé le premier tome de Shadowscent j'était très impatiente de lire le second. J'avais hâte de revoir Ash et Rakel et de découvrir comment iels allaient pouvoir se retrouver et déjouer le complot visant le prince héritier.

Avant toute chose, même si j'ai aimé ce deuxième tome, j'aurais tout de même apprécié un petit résumé en début de chapitre, histoire de me remettre les idées en place. En effet, presqu'un an s'est écoulé entre mes deux lectures et je dois avouer que j'ai eu un peu de mal à me remettre totalement dans l'histoire étant donné qu'on redémarre sur les chapeaux de roues.

Le roman démarre effectivement très rapidement mais le rythme de celui-ci est tout de même plus lent que celui de son prédécesseur. Cela m'a légèrement déstabilisée au début de ma lecture, car j'avais pris l'habitude d'être légèrement bousculée.

Mais si le rythme est un peu moins soutenu ici, l'ajout du point de vue de Luz à celui d'Ash et Rakel apporte incontestablement une valeur ajoutée au roman. Ce personnage énigmatique finit par être le plus intéressant de la duologie. Ses multiples casquettes lui permettent d'avoir toujours un coup d'avance sur tous les autres protagonistes et même si les interactions sociales ne sont pas son point fort, iel n'est jamais à court d'une répartie cinglante.

J'ai été un peu plus mitigée à l'égard de Nisaï et Barden que j'ai parfois trouvés injustes envers Ash. Ash qui est justement pris entre deux feux et qui a bien du mal à trouver sa place dans le groupe. J'ai d'ailleurs trouvé que son personnage n'était peut-être pas utilisé à la hauteur de ses capacités. Comparativement au premier tome, il est tout de même un peu en retrait.

Cependant, malgré mes critiques j'ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. J'y ai tout de même retrouvé l'ambiance qui m'avait séduite auparavant et j'ai énormément apprécié suivre Rakel dans son domaine de compétences.
Les révélations faites dans ce tome ne sont peut-être pas si inattendues, mais elles s'imbriquent parfaitement dans la trame de l'intrigue.

En conclusion, malgré quelques petits points faibles, ce second tome de Shadowscent était une très bonne lecture. J'ai aimé retrouvé les personnages qui m'avaient fait vibrer dans le premier opus, tout comme j'ai aimé que l'autrice accorde un rôle important au personnage de Luz.


Les infos utiles

Le site de P. M. Freestone
Son Twitter
Parution VO: Shadowscent: Crown of Smoke - 2 avril 2020 - Scholastic
Parution VF: 8 janvier 2021 - La Maritinière Jeunesse

mercredi 3 mars 2021

11407 vues - Vincent Brunner et Claire de Gastold


Quand un mystérieux poing vert présent sur un mur en arrière-plan d'une de leur vidéo YouTube se retrouve tagué sur un mur de leur lycée, deux futurs rappeurs doivent faire face à une théorie du complot. 
De leur côté, Aïssa et Julie ont été prises en photo aux toilettes et les clichés ont été mis en ligne. 
Deux récits sur les dangers des réseaux sociaux.

Vous le savez, j'aime découvrir des romans et même des BD sans trop savoir à quoi m'attendre. Parfois c'est à peine si je lis le résumé afin de pouvoir être complètement surprise par ma lecture. Cela a été le cas avec 11407 vues, puisque je me suis entièrement fiée à la couverture et assez peu à la quatrième.
Si cette BD n'est pas une déception à proprement parler, elle n'est pas un coup de coeur pour autant.
L'album est découpé en deux histoires distinctes qui se déroulent pourtant dans le même lycée et mettent en scène à peu près les mêmes personnages.
D'un côté on nous propose de suivre l'impact d'un site qui affiche des photos des lycéennes aux toilettes et de l'autre un duo de garçons cherchant à percer sur Youtube.

Si j'ai trouvé que l'idée de base était bonne et pouvait permettre lancer une discussion ou un débat avec les ados sur les réseaux sociaux et leurs dangers, j'aurais tout de même aimé que les auteurices aillent un peu plus en profondeur sur le sujet.
En effet, la première histoire se termine un peu simplement à mon goût, sans véritable résolution du problème, ni vraie conclusion. Il y a bien une initiative d'Aïssa qui peut faire penser qu'elle veut faire bouger les choses, mais ce n'est même pas exploité jusqu'au bout. 
Quand on pense au scandale premier causé par cet événement et aux répercussions que cela a eu sur certaines filles, cela me semble un peu minime.

A côté de cela, le style graphique qui me laisse plutôt de marbre. Je ne déteste pas - cela me fait même penser à certaines séries que j'ai pu voir dans les années 90 - mais je ne trouve pas cela particulièrement attirant.
Par contre, je tiens tout de même à souligner la diversité des personnages présents dans cet album car c'est encore trop rare à mon goût. Les auteurices ont dessiné des familles racisées et des adolescent·es issu·es de la communauté LGBTQIA, ce qui en terme de représentation colle parfaitement à la réalité. 

En conclusion 11407 vues est selon moi une BD qui avait de bonnes idées mais qui n'a pas su les exploiter à la hauteur de ce que j'attendais. Néanmoins, je reste persuadée que c'est un bon moyen d'entamer un débat pertinent avec des ados, notamment par les profs.

Les infos utiles

Le site de Claire de Gastold
Parution: 20 janvier 2021 - Casterman
Illustrations: 11407 vues par Vincent Brunner et Claire de Gastold © Editions Casterman 2021

lundi 1 mars 2021

Le jardin, Paris - Gaëlle Geniller


"Le Jardin" est un cabaret parisien au succès grandissant dirigé par une femme. Toutes celles qui y travaillent ont un nom de fleur et l'ambiance y est familiale. 
Rose, un garçon de 19 ans, est né et a grandi dans cet établissement. Il souhaite à son tour être danseur et se produire sur la scène, devant un public, comme ses amies. 
Il va rapidement en devenir l'attraction principale.

Si je n'étais pas allée en librairie papoter avec ma copine qui y bosse et qui me l'a mise dans les mains, je n'aurais pas entendu parler de cette BD et ça aurait été bien dommage. En effet, cette lecture a été un véritable petit moment de douceur et de réconfort. Pile ce dont j'avais besoin sur le moment.

Le Jardin est un cabaret situé à Paris en plein coeur des Années Folles. Toutes les danseuses qui y travaillent portent le nom d'une fleur et la décoration du lieu y est aussi florale que possible.
C'est dans cet univers particulier qu'est né et a grandi Rose, notre jeune héros de 19 ans. Dans les premières pages de la BD il s'apprête à faire ses premiers pas sur scène et toutes sont là pour l'encourager.
Durant les quelques 200 pages de l'album, Gaëlle Geniller nous brosse le portrait d'un jeune homme drôlement attachant, sensible et aussi naïf. Tellement insouciant qu'il met plusieurs semaines à remarquer Aimé, un de ses habitués, présent à chacune de ses représentation.
De leur première rencontre, va naître une relation de profonde affection, de compréhension mutuelle et de complicité. 

J'ai énormément aimé que l'autrice nous dépeigne un environnement aussi ouvert et bienveillant au sein d'une société qui est très loin de l'être, surtout si on se replonge deux cent ans en arrière.
J'ai aimé que la question de genre de se pose absolument pas en ce qui concerne Rose, qui aime danser et s'habiller de robes et de jupes, sans que cela ne soit remis en question par son entourage. Entourage extrêmement bienveillant et sororal par ailleurs.
Au diable la binarité qui nous enferme dans des carcans étroits depuis de trop nombreuses années ! Rose s'affirme comme une personne à part entière, avec ses envies, mais également ses doutes et ses peurs. Mais même si parfois la scène et la pression qui en découle le font douter, jamais il ne se pose la question de son genre ni de la légitimité de sa relation avec Aimé.
L'intrigue de cette BD a beau se dérouler dans les années 1920, elle n'aura jamais été aussi d'actualité.

Et que dire des dessins et des couleurs utilisés par l'autrice ? Les traits des personnages sont d'une délicatesse à couper le souffle, les couleurs sont sublimes et mettent parfaitement en valeur les tenues et les drapés des divers·es protagonistes. Les décors ne sont pas en reste puisque chaque pièce du jardin donne un sentiment de chaleur qui donnerait envie d'y vivre.
C'est donc un immense coup de coeur ! Tout était réuni pour me faire passer un moment de qualité. De la beauté des dessins de Gaëlle Geniller - dont chaque planche est une véritable oeuvre d'art - en passant par la qualité du scénario, Le jardin, Paris est un album d'une douceur et d'une bienveillance incomparables.


Les infos utiles

Le compte Instagram de Gaëlle Geniller
Parution: 6 janvier 2021 - Editions Delcourt
Illustrations: Le jardin, Paris par Gaëlle Geniller © Editions Delcourt 2021

mercredi 27 janvier 2021

Le chant d'Achille - Madeline Miller


Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu'Achille est solaire, puissant, promis à la gloire des immortels. Mais, grandissant côte à côte, un lien se tisse entre ces deux êtres si dissemblables. 
Quand, à l'appel du roi Agamemnon, les jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l'un et la colère de l'autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre... 
Au risque de faire mentir l'Olympe et ses oracles.

Après avoir adoré Circé, j'avais hâte de me plonger dans Le chant d'Achille de Madeline Miller et en même temps j'ai retardé ce moment autant que j'ai pu, car je savais qu'après je n'aurai plus aucun roman de l'autrice à lire et cela me désolait. J'espère vraiment que l'autrice nous sortira un nouveau roman très rapidement, sinon je pense dépérir.
Et non je n'exagère pas...

L'idée de réécrire l'histoire d'Achille du point de vue de Patrocle m'a tout de suite charmée. J'ai toujours eu cette impression qu'il y avait plus entre eux qu'une simple histoire d'amitié (ou de famille puisque dans certaines versions on estime qu'ils sont cousins) et j'étais ravie que Madeline Miller explore ce terrain-là.

La relation entre les deux protagonistes se construit petit à petit, avec beaucoup de douceur, de simplicité et de complicité mutuelle. Ils sont amis avant d'être amants et finalement tout coule de source. En tout cas, cette impression ne m'a pas quittée durant toute ma lecture.

Cela donne une histoire d'une beauté à couper le souffle. Très sincèrement, ce roman m'a chamboulée, m'a émue et m'a fait avoir des papillons dans le ventre, tant la relation entre les deux héros est sincère et naturelle. J'ai d'ailleurs eu énormément de mal à m'arracher à ma lecture quand j'y étais obligée pour aller travailler... non mais quelle idée !

On sent que l'autrice à pensé son roman pendant des années - dix si l'on en croit les remerciements - pour nous offrir une oeuvre complète et plus que cohérente. 
Ce récit pourrait être la véritable histoire d'Achille et Patrocle. Et en fait, j'aime à croire qu'elle l'est.

La place donnée aux autres personnages, et notamment aux personnage féminins telles que Thétis et Briséis est elle aussi très bien amenée. On leur donne enfin l'importance qu'elles méritent et non plus un simple nom jeté au milieu des exploits d'un seul homme.
Ces deux femmes (dont l'une est une déesse, rappelons-le) sont des figures fortes et indépendantes, même si elles évoluent dans un univers presque exclusivement masculin. 

En conclusion, si vous voulez lire de magnifiques réécritures des récits mythologiques, jetez-vous sur les romans de Madeline Miller, vous ne le regretterez pas ! L'autrice maîtrise à la perfection son sujet et nous embarque vers la Grèce Antique avec une étonnante facilité. Peu d'auteurice ont réussi à m'embarquer de cette manière dans un roman.


Les infos utiles

Le site de Madeline Miller
Sa page Facebook
Son Instagram
Parution VO: Song of Achille - 6 mars 2012 - Ecco
Parution VF: 2 avril 2015 - Pocket