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lundi 6 septembre 2021

L'Éveil des sorcières, tome 1 : L'apprentissage de Nora - Cordélia


Vous ne devinerez jamais ce qui m’est arrivé ! Après avoir causé un tremblement de terre à l’école, j’ai découvert que j’étais une sorcière ! Moi, Nora ! J’ai donc commencé mon apprentissage avec deux autres élèves, Maelys et Rajan, et Mme Wàn, ma prof de musique. Et oui, elle aussi c’est une sorcière, je ne m’en serais jamais doutée ! 
Et puis, on a aussi découvert qu’un groupe de garçons de notre collège avaient mis en place un jeu hyper sexiste. Alors, on a décidé de se servir de nos pouvoirs pour leur donner une bonne leçon…

Après avoir énormément apprécié Alana et l'enfant vampire, j'avais hâte de retrouver Cordelia dans un nouveau roman. Je n'ai pas encore pris le temps de me pencher sur Tant qu'il le faudra, mais j'ai lu avec plaisir ce premier tome de L'Éveil des sorcières et son héroïne Nora. Et finalement ça tombe bien, je continue de découvrir son univers pour la jeunesse et les ados.

Ce que j'apprécie particulièrement chez Cordelia, c'est qu'elle écrit des romans pour la jeunesse, avec des thèmes et des sujets divers mais surtout engagés. Et c'est encore assez rare dans le domaine de la littérature jeunesse pour être souligné.

Ici nous découvrons Nora, élève au collège qui se découvre des pouvoirs de sorcière. Elle va donc débuter son apprentissage en compagnie de deux autres élèves: Maelys, une élève malentendante et Rajan, un garçon sorcière. Ce petit trio va rapidement apprendre à se connaître et à se faire confiance, pour finalement former un groupe très attachant.

Ce roman aborde énormément de sujets, avec beaucoup de pédagogie et de bienveillance, dans le but de faire réfléchir les jeunes (et moins jeunes d'ailleurs !) lecteurices.
Ainsi à travers celui-ci, Cordelia évoque et dénonce la grossophobie, le harcèlement et le sexisme, tout en donnant de la visibilité à l'homoparentalité, au féministe et à la malentendance notamment.

Cela fait vraiment du bien de voir de tels sujets abordés et normalisés, sans que cela paraisse forcé ou exagéré.
L'intrigue n'en est pas mise de côté pour autant et on découvre en même temps que notre héroïne toutes les possibilités offerte par la magie, tout en nous gardant assez de suspense pour les tomes à venir.

En conclusion, j'ai énormément aimé ce premier tome de L'Éveil des sorcières et je suis impatiente d'en découvrir la suite. Je suis sûre que Cordélia nous réserve de très chouettes choses dans les tomes à venir et que cela sera même encore meilleur.


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Parution: 19 août 2021 - Scrineo

vendredi 21 mai 2021

Le complexe de la sorcière - Isabelle Sorente


Le complexe de la sorcière est le récit d’une enquête. Enquête historique sur les chasses aux sorcières et découverte intime, vertigineuse, de l’empreinte qu’elles ont laissée. 
Isabelle Sorente reconstitue l’histoire des grandes chasses et nous livre un roman bouleversant sur l’adolescence, la mémoire familiale, et les initiations cruelles ou transformatrices.

Ce livre m'a été prêté par ma cousine car elle sait que je m'intéresse énormément à la figure de la sorcière. Elle m'a vendu ce livre en me disant qu'elle était sûre qu'il allait me plaire, vu le sujet traité et l'approche de l'autrice. Je n'ai pas voulu en savoir plus et je l'ai pris.

Je n'avais donc aucune attente particulière concernant cette lecture et pourtant elle fut des plus intéressante. Dans la première partie du roman, l'autrice pose des hypothèses vraiment très intéressante concernant la mémoire collective et notamment l'impact que les traumatismes ont sur cette dernière.
Les traumatismes étant ici les chasses aux sorcières qui ont tout de même duré près de deux siècles et fait des milliers de victimes.
Difficile de penser que ces événements n'ont pas laissé derrière eux des traces indélébiles dans la psyché des femmes.

Ce livre n'est en aucun cas un essai, il n'en a pas la prétention. Isabelle Sorente tente simplement de mettre des mots sur ces sensations qui nous traversent au cours de nos vies et nous donnent l'impression d'être des impostrices, des moins que rien, qui nous font constamment douter de nos valeurs.
Ces mots sont les siens, le fruit d'un immense travail d'introspection. L'autrice n'affirme pas que c'est la vérité, elle estime simplement que c'est la sienne. Libre à nous de nous y identifier ou pas.

Dans la deuxième partie du roman, l'autrice nous expose des événements de son passé qui l'ont construite malgré elle. Victime de harcèlement scolaire, Isabelle Sorente est encouragée à se livrer personnellement par la figure de la sorcière qui fait ici office de thérapeute. On quitte l'aspect recherches et théorique du roman pour plonger complètement dans l'autobiographie.

La troisième partie est celle qui m'a le moins parlée et pour laquelle je garde peu de souvenirs. Par contre j'ai énormément apprécié la dernière partie, où l'autrice invite ses amies proches à partager leurs propres expériences face à leur Inquisiteur intérieur. Ce chapitre m'a énormément touchée par tout ce qu'il dégage de vulnérabilité et de sororité. 

En conclusion Le complexe de la sorcière est un roman fort qui nous emmène dans une quête de soi particulièrement originale. Les théories émises par l'autrice - même si elles n'ont pas d'appuis scientifiques - sonnent juste et donnent de nouvelles perspectives à nos propres vécus.
C'est effectivement le genre de livre qui me restera longtemps en mémoire tant j'y ai trouvé une partie de moi-même.


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Parution: 8 janvier 2020 - JC Lattès

vendredi 9 avril 2021

L'Odeur de la Pluie - Gwendoline Vervel


Cette année, c’est la rentrée en seconde tant attendue pour Fred, Mélodie et sa meilleure amie Faustine. Pour les deux jeunes filles, c’est le moment ou jamais de se faire une place dans la bande des frères Colin qu’elles cherchent à intégrer depuis des années. 
Pour Fred, c’est un nouveau départ, loin du collège où il s’est fait harceler pendant plus d’un an. Mais ce qui devait être une année de rêve se transforme en cauchemar… 
Au milieu de la tempête, c’est la force de leur amitié qui leur permettra de rester debout.

J'ai reçu L'Odeur de la pluie via Babelio dans le cadre de la rencontre zoom qui aura lieu le 6 avril (au moment où j'écris cette chronique cette rencontre n'a pas encore eu lieu). Etant donné que j'en ai pas mal entendu parler sur les réseaux, j'ai eu envie de me faire mon propre avis sur ce roman.

Avant de commencer ce livre, sachez qu'il y a des TW assez importants. La liste se trouve au début du roman. Si vous ne vous sentez pas à l'aise avec ces sujets ou si cela risque de réveiller chez vous des traumatismes, je vous invite à ne pas lire ce livre, car les scènes sont très explicites. L'autrice n'y va pas par quatre chemins et cela peut choquer.

Nous suivons donc Faustine et Mélodie à l'aube de leur entrée au lycée. Les deux adolescentes sont amies depuis des années, mais force est de constater que dans cette amitié, c'est clairement Mélodie qui mène la danse. Très souvent au détriment de son amie.

Le troisième point de vue de ce roman nous est offert par Fred, un nouvel élève qui vient d'emménager dans le quartier après avoir subi harcèlement et agression. Après ces événements, Fred souhaite avant tout passer inaperçu, ne pas se faire remarquer afin que l'histoire ne se répète pas.

Pour tout vous dire, pendant une bonne partie du roman j'ai eu beaucoup de mal avec Mélodie. J'ai trouvé que sa relation avec Faustine était vraiment toxique. Et c'est en partie ce qui rend la suite du roman si dure, car en tant que lecteurice on pourrait très facilement se laisser aller au victim blaming.

Je pense que c'est en partie ce que l'autrice a voulu dénoncer dans son roman. A travers le personnage de Mélodie, Gwendoline Vervel nous montre qu'il est très facile de juger les gens sur leur comportement et que les dynamiques de groupe peuvent être très destructrices.

C'est donc un roman très fort que nous livre ici Gwendoline Vervel. Un roman qui aborde des sujets très durs, tels que le harcèlement, la transphobie, les agressions sexuelles et le viol mais il nous montre également l'impact que peuvent avoir la solidarité, la sororité et l'amitié dans un groupe.

Ce roman n'est peut-être pas parfait, mais il a le mérite de montrer les choses telles qu'elles sont, sans les enjoliver ni en minimiser leur impact. J'ai été chamboulée par cette lecture, mais je tiens à redire qu'elle n'est pas accessible à tous·tes au vu des thèmes abordés.


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Le site Gwendoline Vervel
Parution: 1er avril 2021 - Scrineo

lundi 7 décembre 2020

Comme un garçon ou l'apologie de la masculinité toxique

J'ai un peu hésité avant d'écrire cet article, parce que je ne savais pas vraiment dans quoi je m'embarquais. Mais je me suis dit que je n'étais peut-être pas la seule personne que la lecture de cette BD avait mise mal à l'aise et j'avais besoin d'en parler, de mettre mes ressentis par écrit et tant qu'à faire j'ai eu envie de les partager avec vous.

Avant toute chose, un énorme Trigger Warning: dans cette BD il va être question de relations toxiques et de harcèlement et d'agressions sexuelles. Alors si vous n'êtes pas à l'aise avec ce genre de sujet, je vous invite à ne pas lire cet article.
De plus, afin d'étayer mes propos, je vais devoir spoiler certains passages des tomes en question (images à l'appui). 
Vous voilà prévenus. Passons maintenant au vif du sujet.

_______________

Charlotte est la demi-soeur de Xavier. Leur jeu favori consiste à se défier sans cesse. Et Charlotte perd toujours. 
À l’adolescence, la tradition perdure jusqu’au jour où, en guise de gage, elle accepte de passer une année déguisée en garçon dans un collège exclusivement masculin tout en pariant qu’elle ne se fera pas prendre. 
Adieu vie de princesse et bains moussants, une vie compliquée démarre pour elle.

Bon déjà le résumé du premier tome est bancal puisque Charlotte n'est pas une ado mais une jeune adulte qui rentrer à la fac. J'ai vérifié et ce résumé n'est pas celui qui figure sur la quatrième de couverture (heureusement !) mais c'est celui que l'on trouve sur tous les sites de vente et même sur le site de l'éditeur lui-même...

La première question que je me pose, c'est pourquoi vouloir faire passer l'héroïne de la BD pour une ado ? Non parce que tout ce qui s'y passe est déjà assez dérangeant en sachant qu'elle est adulte, mais si elle était ado ce serait encore pire.
La seule raison que j'y vois, c'est que l'éditeur a voulu attirer le public cible en faisant passer l'héroïne pour une ado. Parce que oui, la BD est conçue pour un public adolescent et cela me dérange encore plus, vu les TW que j'ai évoqués plus haut.

Mais revenons à nos moutons.

Vous l'aurez compris, Charlotte va devoir emménager dans une résidence exclusivement masculine à la fac si elle veut remporter son pari.
Evidemment elle se retrouve à avoir un colocataire qui partage sa chambre en la personne de Gabriel, vous imaginez donc aisément tout ce que cela implique.

Le pitch de l'histoire aurait pu être sympa s'il avait été bien traité. Malheureusement ce n'est pas le cas et nous en avons rapidement la preuve dans le premier tome, alors que Charlotte se fait surprendre par Gabriel alors qu'elle est sous la douche. Ce dernier l'accule complètement nu et lui vole un baiser alors qu'un autre personnage entre dans la pièce, tout cela pour "sauver les apparences".
Par la suite elle s'enfuit de la salle de bain pour retourner dans leur chambre, Gabriel la suit et l'embrasse de nouveau de force en déclarant "T'es bien une fille".
Au bout de seulement 30 pages le problème est posé. Nous sommes face à une BD pour adolescent·es qui  nous propose une scène d'agression sexuelle qui passe crème et n'est jamais remise en question par aucun des personnages. Au contraire, cette scène est même totalement érotisée.

Nous allons avoir droit à ce genre de scène dans chaque tome de la saga, sans que cela ne soit jamais critiqué, que cela vienne des personnages masculins ou féminins d'ailleurs.

Parce qu'après cette fameuse scène, Gabriel et Charlotte concluent un pacte: Charlotte - alors déguisée en Charlie - doit se rapprocher d'Amaury et de sa bande, afin que Gabriel puisse se venger de ce dernier (on apprendra par la suite qu'Amaury harcelait Gabriel au collège, parce que celui-ci était gros et avait des lunettes).
Pour cela, Charlie doit faire semblant de s'intéresser à Héloïse, la petite soeur d'Amaury. On se rend rapidement compte que cette dernière n'est pas non plus très au fait des notions de consentement, car elle essaie sans cesse d'embrasser, de toucher et de coucher avec Charlie alors qu'iel tente de s'esquiver à chaque fois.

Alors ok, Charlie se débine à chaque fois car iel ne veut pas que sa supercherie soit découverte, mais cela Héloïse ne le sait pas. Pour elle Charlie est juste timide et elle se sent en droit de lui forcer la main pour qu'il se décoince. 

Que ce soit dans un sens ou dans l'autre, ce genre de comportement est totalement à proscrire dans des relations. Et que cela soit représenté sans cesse dans une BD à destination des adolescent·es je trouve cela dangereux. Très dangereux.

On passe notre temps à essayer de sensibiliser les gens aux notions de respect, de consentement, à expliquer que forcer quelqu'un à faire quelque chose ce n'est en aucun cas acceptable et on nous sert ici une BD qui balance tout ça à la poubelle en un claquement de doigts et qui fait miroiter aux lecteurices que ce type de comportement est acceptable (surtout si on est canon hein, parce que si on est moche, gros·sse ou juste un peu différent·e, là c'est répréhensible).

On propose ce type de lecture aux adolescent·es sous couvert d'une histoire originale et drôle et après on s'étonnera du nombre de plaintes pour harcèlement de rue, agression, viols, violences conjugales et autres joyeusetés...
Parce que si ces comportements ne sont jamais dénoncés ou discutés dans la littérature - jeunesse ou adulte - ils apparaîtront toujours comme normaux aux yeux des gens et les mentalités ne changeront pas.
Et ça, ça me met vraiment en rogne.

Les événements cités ci-dessus se passent dans le premier tome, mais cela continue allègrement dans les tomes suivants. 
Au choix nous avons aussi des clichés totalement malsains sur les hommes et les femmes, Amaury qui ne supporte pas Charlie parce qu'il le trouve maniéré et efféminé, de la manipulation de Gabriel envers divers personnages qu'il fait chanter à sa guise, une romance totalement malsaine entre Charlotte et Gabriel, qui se transforme d'ailleurs en triangle amoureux avec Amaury dans le tome 4 (où on dit quand même à Charlotte qu'elle a de la chance d'avoir deux hommes pareils à ses pieds...), une pseudo amitié-rédemption entre Amaury et Gabriel, qui se disputent les faveurs de Charlotte de manière "fair-play", un passé douloureux pour Amaury qui explique son comportement machiste et j'en passe. 

Mais la pire scène (oui parce qu'il y a pire que la scène de la douche...) reste tout de même celle du tome 3 où après avoir invité tout le monde chez lui pour une fête d'Halloween, Amaury enferme Charlotte dans une pièce, la drogue pour l'endormir et en faire la récompense d'une chasse au trésor qu'il organise dans son labyrinthe... Le premier à la retrouver pourra l'embrasser pour tenter de la réveiller.
Heuuu, on est où là ? Cette scène aurait peut-être eu sa place dans un thriller policier angoissant, mais pas dans une BD destinée à des ados !! 

Cela dit, c'est aussi la seule scène où deux personnages remettent légèrement les choses en question: Héloïse dit à Amaury "qu'il est vraiment trop con" (non on n'aura pas mieux) et Charlotte se rebelle contre Gabriel qui déclare "qu'il lui avait bien dit que c'était une mauvaise idée d'aller à cette soirée".
On est quand même sur une scène de culpabilisation d'une victime d'agression sexuelle, tout va bien...
Vous conviendrez que par rapport à tout ce que j'ai cité plus haut, ces deux réflexions sont tout de même très minimes.

Je vous le dis, RIEN ne va dans cette BD ! 
On a l'impression que l'autrice a compilé tous les mauvais comportements relationnels humains pour les fourrer dans sa BD en se disant que c'était une bonne idée... 
Spoiler alert: ça ne l'est pas !

Pour tout vous dire, lorsque j'ai lu le premier tome de cette BD il y a quatre ans je n'y avais pas trouvé plus de défauts que ça, si ce n'est que les personnages étaient très clichés et que la scène de la douche m'avait interpellée. 
Mais en le relisant aujourd'hui, après avoir énormément appris en matière de féminisme, de sexisme, de consentement et autre, j'ai pu m'apercevoir de tout ce qui n'allait pas dans cette saga.

D'autres que moi (et notamment les plus jeunes) n'auront pas ce recul nécessaire pour remettre en question ce qui est présenté comme normal dans ce récit et c'est cela qui me pose problème.
Qu'on leur expose ça en le présentant comme normal. Qu'on présente un harceleur comme quelqu'un de romantique. Qu'on présente une relation toxique comme mignonne. Ce n'est pas sain.

Je n'appelle pas à la cancel culture (même si personnellement certain·es auteurices sont banni·es pour toujours de mes propres bibliothèques), mais j'aimerai justement que les auteurices qui écrivent ce genre de choses se remettent en question et voient que ce qu'iels écrivent impacte les personnes qui les lisent.

Je ne dis pas non plus qu'il ne faut pas lire ces BD, ou ne pas les faire lire aux ados, mais j'estime alors qu'il faut que cette lecture s'accompagne d'une discussion posée et argumentée avec les plus jeunes, justement pour pointer du doigts tous ces comportements inappropriés et dangereux.
Faire prendre conscience qu'une relation - amicale ou amoureuse - qui repose sur un rapport de force n'est pas saine, qu'une agression sexuelle n'a rien de glamour et que le consentement n'est jamais optionnel.

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Voilà pour mon avis sur la saga Comme un garçon de Jenny. Comme je l'ai dit, à la première lecture j'avais été interpelée par la scène de la douche, mais je n'avais pas vu tout le reste et je pensais encore que la BD allait nous emmener sur autre chose.
Malheureusement ce ne fut pas du tout le cas.

Cet article n'est pas là pour fustiger qui que ce soit, mais pour faire prendre conscience au gens que notre société qui glamourise à outrance ce genre de comportement (et je pense notamment à la saga Fifty Shades et à 365 DNI) est encore énormément empreinte de tout ce que le patriarcat fait de pire et qu'il est temps qu'on le remette en question.

Illustrations: Comme un garçon par Jenny © Delcourt 2019

mercredi 23 octobre 2019

Eliott et la bibliothèque fabuleuse - Pascaline Nolot


Pour échapper à la terrible Charlie de l’école, Éliott se cache à la bibliothèque. Il ouvre un bon livre et s’endort ! À son réveil, la bibliothèque s’est métamorphosée. Une organisation secrète, l’armée des rats mécaniques, pousse des chariots de livres malades dans les travées sous les ordres d’un chat autoritaire. 
Mais le voilà accusé d’espionnage ! Pour ne pas voir sa mémoire effacée, il accepte d’effectuer des missions aussi dangereuses que palpitantes: archiver le Capharnaüm, sauver des personnages abandonnés par leurs auteurs, chasser le Gloutomot…

Avec un titre pareil, vous imaginez bien que la bibliothécaire qui est en moi ne pouvait absolument pas passer à côté de ce roman jeunesse ! Et s'il avait vraiment fallu me convaincre, la quatrième de couverture et la devise Lire et servir auraient parfaitement terminé le boulot.

A peine avais-je lu les premières pages que j'étais déjà emportée par l'histoire et par la personnalité attachante d'Eliott. Son amour des livres y était évidemment pour beaucoup, mais il n'y a pas que cet aspect qui m'a plu chez le jeune garçon.

J'ai également beaucoup aimé sa simplicité et sa timidité. Par le titre du roman, on pourrait croire qu'Eliott est un héros super fortiche à qui tout réussi. Une sorte d'élu à la Harry Potter.
Mais c'est justement tout le contraire: Eliott est un enfant ordinaire, qui va se retrouver embarqué malgré lui dans les méandres et les missions de la BRB et qui va tenter de s'en sortir comme il peut, avec les moyens du bord.

En plus de ce personnage plus qu'attachant, j'ai adoré l'univers développé par Pascaline Nolot et tout le vocabulaire inventé pour l'occasion.
Les rats de bibliothèque mécaniques, la salle des archives qui apparait et disparait, le bibliobus à conduite automatique... Tous ces éléments s'imbriquent parfaitement dans l'histoire et en font une roman jeunesse très accessible.

Mais derrière tout ce monde fabuleux de la BRB, l'autrice parvient également à traiter en fil rouge d'un sujet qui est de plus en plus abordé en littérature jeunesse: le harcèlement scolaire.
En effet, dans sa vie scolaire quotidienne, Eliott se débat avec la pression que Charlie et ses deux acolytes mettent sur sa personne, si bien que celui-ci ne sait plus vers qui ou quoi se tourner.
C'est grâce aux aventures vécues à la BRB que notre héros va peu à peu s'affirmer et avoir le courage de parler de ce qu'il subit.

En conclusion, en plus de nous offrir un univers original et riche en événement, Pascaline Nolot éveille ses lecteurs à des sujets importants. Le mélange peut paraître étonnant au premier abord, mais il fonctionne du tonnerre et nous donne envie de nous plonger dans les autres romans de l'autrice.


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Parution: 24 avril 2019 - Editions Rageot

lundi 21 janvier 2019

La sirène & la licorne - Erin Mosta


Tout les oppose, pourtant elles s’attirent, et vont vivre une très belle histoire d'amour au cœur de l'été. 
La licorne, c’est Lili. 17 ans, cheveux longs couleur arc-en-ciel, ballerines pailletées. Elle est passionnée par les effets spéciaux et le maquillage au cinéma. Elle a été harcelée sur le Net par les élèves de sa classe. Pour oublier, elle quitte la banlieue parisienne et part en vacances chez sa tante près de l’océan. En apparence, tout va bien et elle assume. La réalité est moins facile. 
La sirène, c’est Cris. Cheveux courts, baskets défoncées, vieux jean trop large. Passionnée de voile et de natation, elle est plus à l'aise sur l'océan qu'au milieu de la foule. En vacances dans la maison de vacances familiale, elle tente de guérir d’une blessure. Fragile en apparence, elle possède une vraie force intérieure.

Ce roman me faisait de l’œil depuis sa sortie en juin dernier, avec son résumé hyper attractif et la magnifique couverture signée Diglee. Et c'est finalement en décembre, lors du SLPJ que j'ai finalement craqué. Pour une fois, je savais que ce livre ne ferait pas long feu dans ma PAL.

Dès les premières pages on s'attache à la personnalité lumineuse de Lili. Cette fille atypique aux cheveux arc-en-ciel et qui cultive sa passion du cinéma et des effets spéciaux sans trop se soucier de ce que les autres pensent d'elle.
Malgré cela, on sent une certaine fragilité en elle, due en grande partie au harcèlement dont elle a été victime durant l'année écoulée. Une faiblesse qu'elle tente de cacher sous ses cheveux colorés et son maquillage extravagant.

Cris de son côté, est l'opposé de Lili. Plus timide et réservée, elle s'affirme cependant au fil des pages, se révélant finalement plus rebelle et plus forte que prévu.

Les deux jeunes filles vont donc faire connaissance pendant les vacances d'été et ce sera presque immédiatement le coup de foudre entre leurs deux personnalités différentes, mais tellement complémentaires.
Au fil du roman, elles vont  apprendre à se connaître, s'apprivoiser pour finalement nous offrir une superbe romance comme on rêve tous de vivre au fond de nous.
Ce couple de jeune fille m'a littéralement fait fondre le cœur.

La plume presque enfantine d'Erin Mosta, arrive à mettre parfaitement en lumière les pensées, personnalités et rêves des adolescentes à qui elle donne la parole, donnant au roman un résonance très réaliste.
De plus, celle-ci aborde des problématiques actuelles comme le harcèlement scolaire et l'homophobie avec énormément de tact et de psychologie.

On découvre également de superbes décor fait de mer, de dunes sauvages et de plages familiales, mais aussi la ferme rénovée par Julia. Des endroits que l'on imagine aisément, tant les descriptions de l'autrice sont juste.
Rajoutez à cela un petit mystère familial, et vous obtenez la recette d'un roman parfait.

En bref, avec deux héroïnes parfaitement différentes, mais aussi attachantes l'une que l'autre, des décors d'une justesse incroyable et une romance mignonne à faire fondre la banquise, qu'attendez-vous pour vous jeter sur cette pépite ?


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Parution: 20 juin 2018 - Rageot

samedi 21 juillet 2018

Seule à la récré - Ana et Bloz


La vie pourrait être parfaite pour Emma. Mais voilà, il y a Clarisse. Et Clarisse lui fait vivre un enfer à l'école. Elle a même réussi à monter les autres élèves contre elle. 
Ses parents ne remarquent presque rien, si ce n'est son changement de comportement. Et les maîtresses ne prêtent pas attention à ce que l'on pourrait prendre pour "des jeux", mais qui relève de quelque chose de beaucoup plus grave.

Etant très sensibilisée au sujet du harcèlement scolaire (je n'en ai heureusement jamais fais les frais moi-même, mais j'ai conscience que cela peut détruire une personne) j'étais très intriguée par cette BD proposée par les éditions Bamboo.
C'est donc tout naturellement que je l'ai glissée dans une commande destinée à la section jeunesse de la bibliothèque où je travaille, afin de pouvoir la lire moi-même et la proposer ensuite à notre public.

Nous faisons donc la connaissance d'Emma, élève au collège qui doit faire face à Clarisse, une élève qui la harcèle au quotidien.
Harcèlement moral et physique sont donc légion, et si certains élèves ne réagissent pas (de peur de représailles sans doute) d'autres se rendent complices du traitement infligé à la jeune Emma.


Malgré les menaces, un soir Emma craque et raconte tout à ses parents, qui avaient bien remarqué certains changement chez leur fille, mais qui n'étaient pas plus inquiets que cela.
C'est alors un véritable parcours du combattant qui commence pour Emma et sa famille, dans le but de faire cesser les agissements de Clarisse et des autres.
Malheureusement, la famille se heurtera très souvent à l'herméticité de l'ensemble du corps enseignant et aura bien du mal à faire bouger les choses.

Je dois bien l'avouer, j'ai été prise aux tripes par cette bande dessinée. Les auteur.ices parviennent à rendre les scènes qu'ils proposent extrêmement réelles, même s'ils tentent de dédramatiser certaines situations en proposant un léger trait d'humour ou un petit gag.
Ainsi, les dessins tous en rondeur et les couleurs vives tentent eux aussi de remplir ce rôle de soupape, mais on ne peut s'empêcher de trembler d'indignation - et parfois de colère - face à ce qu'Emma subit au quotidien.


Des maladresses sont parfois commises, notamment en ce qui concerne la fin de la BD et la "solution" apportée au harcèlement, qui à mon sens n'est pas satisfaisante.
Cependant, je me rends bien compte qu'il n'est pas aisé d'aborder tous les sujets dans une seule BD et que le traitement de ce sujet par les auteur.ices dans ce tome peut déjà amener un dialogue au sein d'une famille et/ou d'un établissement scolaire.

Le petit plus de cette BD c'est également son petit dossier présenté dans les dernières pages et qui rassemblent une mine d'informations très utiles pour les enfants victimes de harcèlement, mais également pour leur famille et les différents éducateur.ices en contact fréquent avec des enfants ou des adolescents.

En bref, que l'on soit enfant, parent, enseignant.es, éducateur.ices, directeur.ices d'école, ou que l'on est simplement sensible au sujet du harcèlement scolaire, Seule à la récré s'adresse à tous et devrait être lu par tous.
Cette BD devrait être mise entre les mains du plus grand nombre, afin de sensibiliser tout le monde à ce sujet.


Edit: suite à une demande, je vous fais part de la fin de la BD qui à mon sens ne propose pas de solution satisfaisante au problème d'Emma.
Surlignez pour lire:

A la fin de la BD, la maîtresse d'école annonce qu'Emma va poursuivre sa scolarité dans une autre école. En effet, ses parents ont fait des démarches en ce sens et ont cherché une nouvelle école pour leur fille.
A mon sens cette solution n'est pas satisfaisante, car elle montre que c'est souvent à la victime de "s'effacer" au profit du bourreau. C'est la victime qui doit changer d'école, changer ses habitudes et en recréer de nouvelles.
Cependant, cette fin a quand même le mérite de montrer la réalité à laquelle sont confronté.es les victimes de harcèlement. 
Je conçois également que les enfants qui subissent le harcèlement souhaitent changer d'école et tout recommencer ailleurs, là où personne ne sait ce qu'iels ont subi, mais alors les établissements qui tolèrent ce harcèlement et le cautionnent ne sont jamais inquiétés.


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Parution: 4 octobre 2017 - Bamboo Edition