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lundi 13 juillet 2020

L'École des soignantes - Martin Winckler


Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l’enseignement sont tenaces. 
Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s’enrôlent à l’École des soignantes du CHHT n’ont jamais été nombreux: l’année où j’ai commencé ma formation, j’étais l’un des rares inscrits. J’espère que nous ne serons pas les derniers. 
Je m’appelle Hannah Mitzvah. Aujourd’hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L’officiante de l’unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean ("Djinn") Atwood. 
C’est une figure légendaire de la santé des femmes.  Je me demande ce qu’elle fait chez les folles.

Après avoir lu et adoré Le choeur des femmes il était évident que j'allais continuer ma découverte des livres de Martin Winckler et celui-ci était clairement en premier sur ma liste. Il est en quelques sortes une suite du Choeur des femmes, et c'est une des raisons pour lesquelles je me suis jetée dessus.

Comme pour son prédécesseur, ce livre m'a plus d'une fois remuée les tripes. D'ailleurs, j'ai très souvent pris des extraits en photo durant ma lecture, tant les réflexions de l'auteur sonnaient justes.
A travers le point de vue d'Hannah, on suit divers protagonistes dans ce qui était auparavant le CHU de Tourmens.
Celui-ci s'est peu à peu amélioré et transformé pour devenir L'Ecole des soignantes, un endroit où les soignées (et non les patientes) sont prises en charge avec humanité et bienveillances, et où elles sont entièrement impliquées de leurs soins.

Autre caractéristiques importantes: dans ce roman le pronom neutre est d'office féminin et tous les adjectifs suivent cette même règle. Dans le roman, mais également au sein même de L'Ecole. C'est la règle et tout le monde est heureux de la suivre.
C'était extrêmement agréable de se sentir entièrement concernée par les propos de l'auteur et de ses personnages.

Evidemment nous retrouvons rapidement le personnage de Jean, même si cette fois elle n'est pas la protagoniste principale. Ce rôle est d'ailleurs admirablement bien tenu par Hannah, qui est un personnage extrêmement attachant et plein de surprises. Son histoire est singulière, mais également diablement ordinaire.

On retrouve également d'autres personnages qu'on avait déjà eu l'occasion de croiser précédemment, comme Renée ou Manon, mais les nouvelles têtes que l'on nous présente ici sont elles aussi inoubliables. Betty, Alma et Santal pour ne citer qu'elles, sont des femmes que j'aurais aimé pouvoir rencontre dans la vraie vie.

De manière générale, Martin Winckler parvient à créer des personnages tous plus intéressants les uns que les autres et à amener tant de diversité dans son récit qu'il est impossible de tout citer. Et c'est ça que l'on veut voir aujourd'hui en littérature. De la diversité tellement présente qu'on n'a même plus besoin de préciser qu'elle est là, puisque c'est normal qu'elle y soit.
Je trouve que c'est plutôt l'absence de diversité qui devrait maintenant être signalée, et non l'inverse.

En bref, je pense que je pourrais parler des heures de ce roman, tant il m'a bouleversée ! Martin Winckler nous propose ici une utopie que l'on souhaiterait ardemment voir se réaliser, tant sa manière de voir la médecine et les soins est humaniste et féministe. Nous avons vraiment besoin de cela dans notre société actuelle.
Nous avons besoin de lire ce type de récit. D'être choquée, chamboulée et bouleversée au détour d'une page et d'avoir envie de remettre toutes nos certitudes - patriarcales - en question.


Les infos utiles

Le site de Martin Winckler
Sa page Facebook
Parution: 7 mars 2019 - Editions P.O.L.

mercredi 5 septembre 2018

Aromantic (love) story, tome 1 - Haruka Ono


Kiryu est autrice de manga, et ce qu'elle adore par dessus tout, ce sont les shônen mangas bien sociaux, à l'ancienne ! Le problème, c'est que ce genre ne marche plus du tout, ces derniers temps... Et du coup, pour essayer de vraiment lancer sa carrière, son éditeur lui propose (impose ?) de se lancer dans un autre genre de shônen : le harem manga ! Gros hic : elle n'y comprend rien, elle n'aime pas ça et surtout... elle ne s'intéresse pas du tout à l'amour !! 
Bien malgré elle, elle commence malgré tout à dessiner un shônen romantique pas très intéressant... dont le succès est FULGURANT ! Son titre devient un poids lourd du magazine de prépublication, et est même adapté en anime ! 
La voilà forcée (et condamnée) à continuer de dessiner un shônen romantique... alors qu'elle ne comprend rien à l'amour ! 
Elle ne voit même pas, autour d'elle, son jeune assistant ou le producteur qui s'intéressent à elle...

Décidément, mes lectures manga de l'été auront été faites sous le signe de la diversité, ce qui m'enchante énormément ! De plus, il faut bien avouer que dans ce domaine, les éditions Akata fournissent un travail formidable !
Si je vous ai déjà parlé des mangas Le mari de mon frère et Éclat(s) d'âme, aujourd'hui je continue sur ma lancée pour vous parler de Aromantic (love) story de Haruka Ono.

Pour ma part, c'est le premier manga sur le thème de l'asexualité et l'aromantisme que je lis, et très sincèrement je n'ai jamais entendu parler d'un autre titre en roman, BD ou manga sur ce sujet. Si vous avez des références en la matière, n'hésitez pas, je suis totalement preneuse !

Mais revenons à nous moutons: dans Aromantic (love) story nous faisons la connaissance de Futaba, autrice manga dont le harem-manga connait un succès retentissant.
Le seul soucis, c'est que l'autrice n'est pas particulièrement fan du genre et pour cause: elle est aromantique. Elle n'a donc jamais éprouvé de sentiments amoureux pour qui que ce soit, cela ne le pose aucun soucis, jusqu'au jour où elle se retrouve elle-même au centre d'un triangle amoureux, avec d'un côté son jeune assistant, et de l'autre le producteur de l'animé inspiré de son oeuvre.
La jeune femme de 32 ans et donc on ne peut plus mal à l'aise dans cette situation qui s'annonce plutôt inextricable.

J'ai énormément apprécié ma lecture de ce nouveau manga ! Le thème abordé est extrêmement intéressant, tout comme la manière dont il est traité: avec beaucoup d'humour, sans que cela n'enlève au sujet son côté sérieux.
Evidemment c'est un shojo, les situation cocasses et l'humour font partie intégrante de ce style de lecture.

Le point fort se situe du côté de Futaba. La jeune femme a du talent et du caractère: elle n'hésite pas à ruer dans les brancards pour se faire entendre lorsque cela concerne sa carrière et son manga, auquel elle est malgré tout très attachée.
Elle n'hésite pas non plus à livrer ses pensées à ses deux meilleures amies qui l'asticotent de temps en temps sur son célibat. Cependant, cette partie est très bon enfant, étant donné que les deux jeunes femmes sont au courant de l'aromantisme de leur amie et ont l'air de trouver cela parfaitement normal.

Petit plus non négligeable, ce premier tome nous permet également d'en apprendre un peu plus sur le fonctionnement de l'édition au Japon et sur la manière de créer, dessiner et publier un manga.
J'ai trouvé cela très intéressant et bien amené puisque cela fait partie intégrante de l'histoire. Cela permet au manga d'avoir un background pertinent et intéressant, en plus de nous instruire un peu au passage.

En bref, j'ai énormément aime ce premier tome de Aromantic (love) story et j'ai hâte de pouvoir me procurer la suite qui promet des choses très intéressantes.
J'espère juste que Haruka Ono ne finira pas par tomber dans le cliché et évitera que son personnage principal tombe finalement amoureux. Cela ferait véritablement retomber le soufflé.


Les infos utiles

Parution: 3 mai 2018 - Editions Akata
Tome 2: 23 août 2018 - Editions Akata
Tome 3: 15 novembre 2018 - Editions Akata