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mercredi 15 juillet 2020

Il fallait que je vous le dise - Aude Mermilliod


La rencontre de la dessinatrice Aude Mermilliod et du romancier Martin Winckler. Deux voix pour rompre le silence sur un sujet encore tabou, l'IVG. 
Si elle donne le choix, l'IVG ne reste pas moins un événement traumatique dans une vie de femme. Et d'autant plus douloureux qu'on le garde pour soi, qu'on ne sait pas dire l'ambivalence des sentiments et des représentations qui l'accompagnent. L'angoisse, la culpabilité, la solitude, la souffrance physique, l'impossibilité surtout de pouvoir partager son expérience. 
Avec ce livre, Aude Mermilliod rompt le silence, mêlant son témoignage de patiente à celui du médecin Martin Winckler. Leur deux parcours se rejoignent et se répondent dans un livre fort, nécessaire et apaisé.

Le hasard a voulu que je lise L'Ecole des soignantes et Il fallait que je vous le dise dans le même laps de temps, sans savoir que ces deux récits étaient étroitement liés car ils impliquaient tous deux la présence bienveillante de Martin Winckler. La collaboration entre ces deux auteurices m'a tout de suite séduite.
Dans la première partie de ce roman graphique, Aude Mermilliod raconte sa propre histoire et son parcours. Comment elle a vécu son IVG, mais également comment elle a été reçue - et parfois jugée - par les différents professionnels de la santé durant cette période.
Cette BD met en image et sans tabou un acte médical que beaucoup de femmes sont ou seront amenées à vivre et elle le fait avec justesse, en nous en montrant tous les aspects, jusqu'au moins glorieux.

La seconde partie est consacrée à l'expérience de Martin Winckler en tant que médecin pratiquant des IVG. On suit ce dernier dans son apprentissage de la pratique mais également dans ses réflexions, ses doutes et ses remises en question. 
Découvrir de nouvelles facette de cet auteur et médecin était réellement bénéfique et instructif. Ce n'est pas tous les jours que des hommes - médecins de surcroit - se mettent à la place des femmes et s'interrogent sur leur bien-être. C'en est presque rafraîchissant.

Le dessin et les couleurs utilisées par l'autrice sont elles aussi très pertinentes. Elles collent toujours parfaitement avec l'histoire et amènent un peu de douceur et de légèreté au milieu de sujets importants.
Le ton de la BD est toujours bienveillant et accessible, ce qui rend cette dernière très agréable à parcourir, malgré le sérieux du sujet.
En conclusion, Il fallait que je vous le dise est une BD qui ne laisse personne indifférent dès le moment où elle est ouverte. Avec beaucoup de pédagogie et d'humanité, l'autrice nous dévoile les différentes facettes de cette pratiques et nous offre un point de vue concerné sur cette dernière.
Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !


Les infos utiles

Le site d'Aude Mermilliod
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Parution: 24 avril 2019 - Casterman
Illustrations: Il fallait que je vous le dise par Aude Mermilliod © Casterman 2019

lundi 13 juillet 2020

L'École des soignantes - Martin Winckler


Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l’enseignement sont tenaces. 
Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s’enrôlent à l’École des soignantes du CHHT n’ont jamais été nombreux: l’année où j’ai commencé ma formation, j’étais l’un des rares inscrits. J’espère que nous ne serons pas les derniers. 
Je m’appelle Hannah Mitzvah. Aujourd’hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L’officiante de l’unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean ("Djinn") Atwood. 
C’est une figure légendaire de la santé des femmes.  Je me demande ce qu’elle fait chez les folles.

Après avoir lu et adoré Le choeur des femmes il était évident que j'allais continuer ma découverte des livres de Martin Winckler et celui-ci était clairement en premier sur ma liste. Il est en quelques sortes une suite du Choeur des femmes, et c'est une des raisons pour lesquelles je me suis jetée dessus.

Comme pour son prédécesseur, ce livre m'a plus d'une fois remuée les tripes. D'ailleurs, j'ai très souvent pris des extraits en photo durant ma lecture, tant les réflexions de l'auteur sonnaient justes.
A travers le point de vue d'Hannah, on suit divers protagonistes dans ce qui était auparavant le CHU de Tourmens.
Celui-ci s'est peu à peu amélioré et transformé pour devenir L'Ecole des soignantes, un endroit où les soignées (et non les patientes) sont prises en charge avec humanité et bienveillances, et où elles sont entièrement impliquées de leurs soins.

Autre caractéristiques importantes: dans ce roman le pronom neutre est d'office féminin et tous les adjectifs suivent cette même règle. Dans le roman, mais également au sein même de L'Ecole. C'est la règle et tout le monde est heureux de la suivre.
C'était extrêmement agréable de se sentir entièrement concernée par les propos de l'auteur et de ses personnages.

Evidemment nous retrouvons rapidement le personnage de Jean, même si cette fois elle n'est pas la protagoniste principale. Ce rôle est d'ailleurs admirablement bien tenu par Hannah, qui est un personnage extrêmement attachant et plein de surprises. Son histoire est singulière, mais également diablement ordinaire.

On retrouve également d'autres personnages qu'on avait déjà eu l'occasion de croiser précédemment, comme Renée ou Manon, mais les nouvelles têtes que l'on nous présente ici sont elles aussi inoubliables. Betty, Alma et Santal pour ne citer qu'elles, sont des femmes que j'aurais aimé pouvoir rencontre dans la vraie vie.

De manière générale, Martin Winckler parvient à créer des personnages tous plus intéressants les uns que les autres et à amener tant de diversité dans son récit qu'il est impossible de tout citer. Et c'est ça que l'on veut voir aujourd'hui en littérature. De la diversité tellement présente qu'on n'a même plus besoin de préciser qu'elle est là, puisque c'est normal qu'elle y soit.
Je trouve que c'est plutôt l'absence de diversité qui devrait maintenant être signalée, et non l'inverse.

En bref, je pense que je pourrais parler des heures de ce roman, tant il m'a bouleversée ! Martin Winckler nous propose ici une utopie que l'on souhaiterait ardemment voir se réaliser, tant sa manière de voir la médecine et les soins est humaniste et féministe. Nous avons vraiment besoin de cela dans notre société actuelle.
Nous avons besoin de lire ce type de récit. D'être choquée, chamboulée et bouleversée au détour d'une page et d'avoir envie de remettre toutes nos certitudes - patriarcales - en question.


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Parution: 7 mars 2019 - Editions P.O.L.