vendredi 22 mars 2019

L'île des disparus, tome 2: Le Secret du brouillard - Viveca et Camilla Sten


Choisis ton destin, Fille de l'eau ! 
Le printemps est là, et pourtant, un épais brouillard a envahi l'archipel suédois. D'après la légende ancestrale, cette brume opaque annonce de terribles événements. Bientôt, elle va noyer les navigateurs et perturber les signaux des GPS, troublant l'équilibre de l'île. 
Changelin parmi les humains, la jeune Tuva tente par tous les moyens de découvrir la vérité, sur elle-même et sur le danger qui menace sa terre natale. Aux côtés de son meilleur ami Rasmus, et de Maria, sa fidèle alliée mara, la jeune fille comprend qu'une créature mythique offensée par les hommes s'est réveillée sous la forme de ce brouillard. Le peuple des océans dont elle pensait être la seule survivante est loin d'avoir dit son dernier mot.

Si j'avais émis quelques critiques à l'égard du premier tome de L'île des disparus, celui-ci a terminé de me convaincre sur la saga: je l'adore !
La fin du tome précédent avait laissé présager des choses intéressantes et je n'ai absolument pas été déçue à ce niveau lors de ma lecture.

Nous retrouvons Tuva quelques mois après les événements du premier tome, mais l'ambiance est loin d'être au beau fixe pour la jeune fille: son père a perdu son travail et terre sur le canapé, sa mère fait des heures supplémentaires pour s'éloigner de la maison et cerise sur le gâteau, Rasmus son meilleur ami, la snobe complètement.
Tuva se retrouve donc de nouveau seule aux prises avec ses interrogations.

Le gros point fort de ce roman, c'est clairement l'ambiance qui s'en dégage. Celle-ci est à l'image de la brume qui entoure l'archipel: mystérieuse, inquiétante et étouffante.
Tout comme dans le premier tome, on sent que quelque chose de surnaturel est à l'oeuvre, mais la réponse ne viendra que dans les dernières pages, au prix de grands efforts de la part de Tuva et de son entourage

L'ambiance du roman fait beaucoup, mais l'héroïne n'est évidemment pas en reste. Cependant elle parait si mature et débrouillarde qu'on a tendance à oublier qu'elle n'a que douze ans. Je me demande même pourquoi les autrices ont choisi de lui donner cet âge, car finalement on y fait assez peu référence.

J'ai aimé retrouver la mythologie nordique déjà très présente précédemment. On en apprend plus sur les créatures issues de cette mythologie, et donc un peu plus également sur les origines de Tuva.
C'est un élément important du récit et je suis contente que les autrices continuent de s'y référer.

Autre grand thème de cette saga: l'écologie. Celle-ci prend de plus en plus d'ampleur à mesure que l'on avance dans l'histoire et il n'est pas difficile de deviner qu'elle atteindra son point culminant dans le dernier tome.
Camilla et Viveca Sten utilisent avec brio leur récit pour dénoncer la pollution des océans, et plus précisément de la Mer Baltique qui est l'une des plus polluées au monde. En mêlant l'imaginaire aux problématiques concrètes comme elles le font, on obtient une histoire plus profonde que ce à quoi on s'attendait. Et c'est une bonne chose !

En conclusion, Le Secret du brouillard ne souffre absolument pas du syndrome qui touche habituellement les deuxièmes tomes. Au contraire, ce dernier prend énormément d'ampleur, son héroïne gagne en assurance et les dernières pages nous promettent une suite à sa hauteur de ce qu'on a lu jusqu'à présent.
Espérons que celle-ci tiendra ses promesses.


Les infos utiles

Le site de Viveca Sten
Sa page Facebook
Ma chronique du tome 1
Parution VO: Sjöröck - 1er septembre 2017 - Bonnier Carlsen
Parution VF: 14 février 2019 - Michel Lafon
Tome 3: Mareld - 6 septembre 2018 - Bonnier Carlsen

mercredi 20 mars 2019

Interview de Kid Toussaint

Lors de la dernière Foire du Livre de Bruxelles qui s'est déroulée du 14 au 17 février 2019, j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer et interviewer plusieurs auteurices de chez Dupuis.
Outre le fait que j'étais plus excitée encore qu'un enfant la veille de Noël, j'ai passé de très bons moments en leur compagnie et j'ai pu apprendre pas mal de choses.

Voici la retranscription de ma seconde interview, celle de Kid Toussaint, scénariste d'un grand nombre de BD chez Dupuis, notamment de Kid Noize, Animal Jack ou encore Magic 7 et personnage au débit de parole important (ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui...).
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Comment est-ce que tu t'es retrouvé à travailler sur le projet BD de Kid Noize ?

Kid Toussaint: C'est Dupuis qui m'a contacté. Kid Noize était déjà en relation avec Dupuis et moi je travaillais déjà avec eux pour d'autres séries. Ils cherchaient un scénariste pour écrire l'histoire et ils m'ont contacté. J'ai rencontré l'Homme à la tête de singe, le contact est bien passé et voilà, on a travaillé ensemble. Je ne le connaissais pas avant.

Tu ne le connaissais pas, mais tu connaissais son travail ou pas du tout ?

K: Je connaissais sa musique et je le connaissais à travers son personnage puisque c'est une personne publique, mais lui personnellement non.
Si tu veux une réponse plus détaillée, j'ai regardé ses clips et je voyais bien qu'il y avait un univers intéressant derrière. En discutant avec lui je voyais ce qu'il voulait faire et j'ai trouvé ça intéressant. Ça m'a plu et voilà comment je suis arrivé sur ce projet.

Vous êtes deux sur le scénario en fait ?

K: C'est ça oui. En fait les idées principales viennent de lui. D'ailleurs si tu as vu ses clips, tu vois qu'il y a un écho entre la BD et l'univers présenté dans les clips. 
Donc il est venu avec son personnage à la tête de singe, avec Sam le gamin... Tout ça, ça vient de lui et on a essayé de trouver une structure, de donner de la cohérence à l'ensemble. J'ai géré les dialogues aussi.


Ok, donc ton job c'était de gérer la cohérence de l'histoire.

K: Donner de la cohérence, de la structure et puis faire une histoire. Parce que finalement un clip, c'est deux minutes, tu n'as pas le temps de raconter une vraie histoire suivie, donc il faut gérer ça.
Et en même temps, il fallait lui poser des questions pour voir jusqu'où il voulait aller. C'est lui qui a donné l'histoire dans sa globalité. 

Comment se passe la collaboration entre Kid Noize, Otocto et toi ?

K: Pour le coup, Otocto je le connaissais un petit peu avant. Il est venu sur le projet parce que je l'ai présenté à Dupuis.
Avec Kid Noize, c'était beaucoup de réunions. On s'est vu pal mal de fois, on a beaucoup discuté.  Après j'envoyais le scénario à l'éditrice qui me donnait ses retours.
Et puis Otocto - malheureusement pour lui - il arrive après nous tous et il est obligé de faire ce qu'on lui demande *rire*
En plus, c'était son premier album, donc il était un peu plus timide, il osait moins donner son avis. Ce qui est normal puisqu'il y avait déjà énormément de travail qui était fait en amont.
Mais c'est une très bonne collaboration. On a eu beaucoup d'échanges avec Kid Noize et Otocto à merveilleusement bien suivi nos indications.

Est-ce qu'il y'a déjà un tome 2 de prévu? Vous êtes déjà en train de bosser dessus?

K: Alors je peux le dire parce que tout le monde le dit, mais sur le tome 2 ce ne sera plus moi au scénario, mais Stéphane Lapuss'.
Lapuss' qui a donc fait Les Minions et qui fait beaucoup d'humour. Il a aussi fait Putain de chat notamment.
C'est un scénariste intelligent et doué, mais au-delà de ça il a très bien compris ce qu'on avait fait sur le tome 1 et il se l'est approprié avec plus d'humour. Je trouve qu'il a fait un super boulot. Le peu que j'en ai lu, je trouve ça super, donc je suis vraiment ravi que ce soit lui.
J'ai quitté le projet parce que j'ai beaucoup trop de choses sur le côté et ce n'était pas possible pour moi de continuer Kid Noize. Mais la BD est sur de bons rails donc je peux la confier à quelqu'un. 

Je sais aussi que tu as plusieurs autres projets chez Dupuis.

K: Mes plus grosses séries chez Dupuis sont Magic 7 et Télémaque. Pour Magic 7 ça fait déjà un petit temps qu'on a commencé, on en est déjà au tome 7 et pour Télémaque au tome 2. Animal Jack vient d'arriver, donc pour celui-là on verra.
Je fais aussi de la BD adulte chez Casterman avec Holly Ann et A l'ombre du convoi et je suis chez Grand Angle avec 40 éléphants, donc oui je fais beaucoup de choses.
Du coup, c'était quoi la question ? *rire*


Est-ce que tu as le temps de dormir ? *rire*

K: Non très peu. Mais je dors très peu de base, donc ça va j'arrive à m'occuper. En fait je rêve en écrivant, ça fait gagner du temps. *rire*
Non mais plus sérieusement, ça fait plus de dix ans que je suis dans le métier, j'ai accumulé beaucoup de projets, beaucoup de scénarios, j'ai toujours beaucoup d'avance. Mais de toute façon, j'ai toujours le temps d'écrire de nouvelles choses. Et puis ce sont des envies. On a beau se dire "C'est bon, j'ai assez de séries, je vais m'arrêter là", tu as d'un coup envie d'écrire sur un autre sujet, un autre thème et tu te dis que tu peux essayer de le faire rentrer au chausse-pied dans ton agenda et voilà.

Tu fonctionnes aussi aux coups de cœur ?

K: Oui aux coups de cœur et aux opportunités aussi. Parfois des dessinateurs me contactent pour des projets. Comme pour le projet Kid Noize, quand tu es contacté par Dupuis tu te dis que tu n'as peut-être pas envie de refuser une telle opportunité, même si tu as déjà plein de projets.
Je sais que je suis déjà bien occupé, mais tu sais, choisir c'est renoncer et j'ai du mal à renoncer, tout simplement. 

C'est marrant, "choisir c'est renoncer" c'est aussi une de mes phrases fétiches *rire*

K: On est bien obligé des fois, mais là je t'avoue j'ai toujours eu du mal à renoncer. J'ai trop d'envies, je suis trop généreux *rire*

En parlant de ça, pour Animal Jack, le projet venait de Dupuis ou c'était une idée à Miss Prickly et toi?

K: En fait avec Miss Prickly on s'est connu en salon, en dédicaces et elle me disait "Ce serait bien que tu écrives quelque chose pour moi, plus adulte, plus mature que ce que je fais d'habitude." Et moi j'étais un peu surpris parce que je ne voyais pas trop ce qu'elle voulait faire en adultes. Donc j'ai regardé ce qu'elle faisait, j'ai vu qu'elle faisait Mortelle Adèle qui est génial et hyper drôle, j'ai vu Le cochon dingue, A cheval, etc.
Je me suis dit "Apparemment elle aime les animaux, elle a déjà fait les cochons d'Inde et les chevaux, qu'est-ce que je peux faire d'autre?", du coup j'ai fait tous les autres.
Mais c'est quand même un projet jeunesse, parce que j'ai trouvé que c'était ce qui lui correspond le mieux. Et quand je lui ai proposé le projet, elle a aimé le personnage et elle a adhéré à l'histoire.
Du coup on l'a fait et on l'a proposé à Laurence Van Tricht, la même éditrice que Kid Noize et ça a marché.
Par contre, ce n'est pas du gag, donc je l'ai quand même emmenée vers quelque chose de différent.


Oui, surtout à la fin du tome, on sent qu'il y a quelque chose de plus profond

K: Oui c'est vrai. Et là il y aura un tome 2 et ce sera toujours moi au scénario. Comme quoi, je n'abandonne pas tout en cours de route *rire*
Donc il y aura un tome 2 et sûrement un tome 3. Une vraie histoire sur le long terme. C'est ce que je sais faire de mieux. Je suis pas drôle en vrai, je ne sais pas faire de gags, donc je me contente de faire des histoires.

Par contre, je t'avoue que je n'ai pas encore lu Magic 7. J'ai une amie qui est hyper fan, mais je ne me suis pas encore penchée sur le sujet.

K: C'est dur de prendre la série en cours de route. C'est quasi impossible, tu es obligée de suivre depuis le début. Après l'histoire est très différente. Elle évolue complètement au fil des tomes. Les premiers sont plus naïfs mais c'était voulu et il y a une évolution de l'histoire. Quelqu'un qui est fan ne décrochera pas, parce que tu suis les personnages depuis le début, comme dans une série télé.
En tout cas c'est une série qui marche bien, qui est un peu mon bébé parce que je l'ai emmenée vraiment loin. Je m'arrêterai au tome 10, c'était prévu depuis le début, mais c'est une saga dont je suis très fier et je suis content d'avoir emmené mes personnages aussi loin.

Et en ce qui concerne Télémaque, tu as déjà deux tomes sortis. D'autres sont prévus?

K: Oui ça continue, il y a vraiment de quoi raconter, on s'amuse bien. C'est plus facile de rentrer dedans que dans Magic 7. Je pense que Magic 7 il faut faire un effort au début et adhérer aux personnages alors que Télémaque ça se suit tout de suite.

En plus je suis un fan de mythologie grecque, donc déjà ça me parle.

K: Ah oui tu vas aimer tout de suite alors. En fait c'est un truc qui ne se fait quasiment pas: c'est de la mythologie, donc on donne des vraies infos mais c'est vraiment pour la jeunesse. Je veux dire, c'est drôle, ça se suit comme une saga, mais c'est pas rébarbatif.
L'Odyssée je l'ai lu 40 fois, donc je connais et je l'ai digérée. L'ennui c'est que certaines collections prennent plan-plan la mythologie et te racontant l'histoire telle qu'elle est écrite. Nous on est parti de tout ça, mais on a digéré. Par conte tu retrouveras quand même tout ce qu'il y a dans l'Iliade et l'Odyssée, mais à notre sauce.

Donc ça fait à peu près dix ans que tu fais de la BD, c'était dans ta formation de base ou pas du tout ?

K: J'ai fait journalisme à l'ULB à la base. Et puis finalement j'avais envie d'écrire mes propres histoires depuis le début, donc finalement le journalisme je ne m'en suis jamais servi.

Donc tu es belge ?

K: Oui je suis belge. Ici je peux l'avouer, mais en France je mens, évidemment *rire*

Tu es en terrain ami ici.

K: Oui c'est ça. Je peux dire "des nonante" et des "septante".

Redevenons sérieux: qu'est-ce qui te plait le plus dans ton métier de scénariste?

K: Ce moment. J'adore ce moment. Parler avec toi c'est le meilleur moment... Non c'est pas vrai *rire* Je disais ça juste pour te flatter.


Ah mais ça marche, continue *rire*

K: Ah oui j'ai vu, t'as souri. Je me suis dit "c'est bien, elle y croit". La naïveté c'est essentiel. 
Je pense que ce qui me plait le plus, c'est tout: écrire ça me plait énormément, le fait de voir mes œuvres dessinées, avoir des feed-back... tout ça c'est génial. 
Et puis, voir l'album fini, voir les lecteurs. Toutes les étapes me plaisent en fait.
J'aime bien quand ça jaillit et j'aime bien façonner ce qui jaillit. Quand tu as des idées il faut les travailler, et c'est ça qui est important. Parce qu'avoir une idée ça ne veut rien dire, tout le monde à des idées. Mais les travailler c'est passionnant. 
En fait, l'art ce n'est pas créer, c'est délimiter. Créer, tout le monde peut le faire, mais donner une forme à ta création c'est ce qu'il y a de plus dur. Et l'art pour moi, c'est ça. 
Donc j'aime toute les étapes. Rencontrer les lecteurs c'est passionnant aussi, parce qu'ils ont toujours un regard neuf, un regard différent sur ton oeuvre, et c'est génial. 
C'est génial d'échanger avec eux, surtout en jeunesse. 

Parce que c'est un public un peu plus naïf?

K: Pas tant que ça. Plus spontané ça c'est sûr. Mais comme je dis toujours, je dis plus de choses en jeunesse qu'en adulte. Mes œuvres adultes sont plus historiques ou alors ce sont des polars. Tout est frontal, tout est dit. Alors qu'un jeune va lire et lire et relire et comprendre plein de choses qui ne sont pas dites et je trouve ça très fort. Les jeunes me sidèrent, ce sont de supers lecteurs.

Et parfois ils voient ou comprennent des choses qui n'étaient même pas là au départ.

K: Oui c'est ça. Ils voient des relations entre les personnages et disent qu'il y a un truc entre eux. Et quand tu réétudies le projet toi-même tu te dis "ah, c'est vrai que ça m'avait échappé, mais il y a un truc entre eux.". Ils sont très forts les jeunes, ce sont de supers lecteurs. Je pense qu'ils sont même meilleurs lecteurs que moi à leur âge. Non, en fait c'est pas que je le pense, j'en suis sûr.

Merci d'avoir pris le temps de me répondre, c'était très chouette.

K: Avec plaisir.

Kid Noize par Kid Noize Kid Toussaint Otocto © Dupuis 2019 
Animal Jack par Kid Toussaint Miss Prickly © Dupuis 2019 
Magic 7 par Collectif Kenny Ruiz Kid Toussaint La Barbera Quattrocchi RAAPACK Ruiz © Dupuis 2019 
Télémaque par Kenny Ruiz Kid Toussaint © Dupuis 2019
Photo: Antoine Dognaux

lundi 18 mars 2019

Sorcières: la puissance invaincue des femmes - Mona Chollet


Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d'aujourd'hui de figure d'une puissance positive, affranchie de toutes les dominations. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l'Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? 
Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu'il en reste aujourd'hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l'époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d'horreur. 
Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s'est développé alors tant à l'égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Cela fait un petit moment que ce livre tourne sur la blogosphère littéraire et je dois bien avouer qu'il m'intriguait beaucoup, surtout alors que je m'interroge de plus en plus sur la condition des femmes et sur le féminisme en général.
Le recevoir dans la dernière commande de la bibliothèque était donc l'occasion parfaite pour le découvrir !

Alors que j'avais quelques petites appréhensions avant de le commencer - je ne suis pas une grande amatrice d'essais - j'ai été surprise par la fluidité du style de l'autrice et par mon rythme de lecture.
En effet, cet essai se lit presque comme un roman. Mona Chollet alterne ses pensées entre faits historiques explicités, passages réflexifs plus pointus et anecdotes pertinentes.
Le tout forme un livre très agréable à parcourir, tant sur le fond que sur la forme.

A travers cet ouvrage, l'autrice rétablit la vérité sur les chasses aux sorcières qui ont secoué l'Europe de la Renaissance et fait des parallèles très intéressants avec la condition des femmes aujourd'hui.
Car contrairement aux idées reçues, ce n'était pas tant l'Eglise que ces femmes instruites et indépendantes dérangeaient mais bien des juges laïcs et de manière plus générale, le patriarcat.

La presque totalité des pages est documentée et sertie de notes de bas de pages, renvoyant à d'autres documents (articles, films, livres) destinés à ouvrir encore plus la réflexion.
Je ressors de cette lecture avec l'envie d'en faire cent autres, tant le sujet est passionnant  et résonne d'une vive importance.

Ainsi, Sorcières est de ces lectures qui laissent des séquelles. C'est le genre de livre qui - même reposé - reste toute la journée dans un coin de votre tête, dont le souvenir est sans cesse ravivé par une conversation ou un fait d'actualité. Le genre de livre qui vous mets une claque aller et une claque retour.
En bref, typiquement le genre de lecture dont je raffole et que je recommande !


Les infos utiles

Le blog de Mona Chollet
Son Twitter
Parution: 13 septembre 2018 - Editions Zones

dimanche 17 mars 2019

Sunday's Books #232


Une nouvelle semaine pour le Sunday's Books, initié par Saefiel. Pour le récapitulatif, c'est chez elle que ça se passe !

Blabla

Hello les amis !

Assez bien de boulot pour moi cette semaine, et je sens que celle qui suit va être dans la même veine, à mon grand désespoir...😭

Cela dit je compense en faisant de très bonnes lectures et en m'occupant du blog. Parce que oui, il me reste des interview à retranscrire de la FLB
Oups... 😅
Normalement, je devrai en avoir fini deux aujourd'hui et je me réserverai le dernière pendant la semaine.

Bon, en plus de la lecture, je passe aussi beaucoup de temps devant la TV, puisque je regarde Top Chef et Mariés au premier regard (ne me jugez pas, moi-même je ne sais pas ce qui m'a pris de commencer ça 😂). Mais je regarde aussi Black Mirror que je commence enfin à apprécier et je rattrape mon retard sur le cinéma puisque je suis allée voir Captain Marvel ce jeudi et je pense y retourner cette semaine pour voir Dragon 3 ou Ralph 2... Quel dilemme ! 😅

Bref, je vais arrêter de blablater pour rien et aller bouquiner 😅

Des bisous 😘😘


Mes lectures

Ce que j'ai lu ces deux dernières semaines


 

J'ai adoré me replonger dans l'univers de Tuva avec le deuxième tome de L'île des disparus 
J'ai également bouquiné quelques mangas, ce qui n'était pas arrivé depuis un moment

Ce que je suis en train de lire


J'ai besoin d'une petite lecture doudou pour trancher un peu avec mes dernières lectures 😉

In My Mailbox

Les petites réceptions de la semaine 📚
De nouveaux romans de chez Milan et Scrinéo 😊

Des BD de chez Dargaud 😊


Lifetime

Ce que j'ai aimé sur les autres blogs !

L'avis de Mallou14 sur le deuxième tome de Dividing Eden
Celui d'Echos de mots sur Le bruissement du papier et des désirs
Le rendez-vous Loucy et les petits chez Lou lit là

Sur le blog 

Les derniers articles

jeudi 14 mars 2019

Moxie - Jennifer Mathieu


Moxie : désigne le caractère audacieux d'une personne prête à défendre ses convictions envers et contre tous. 
Vivian Carter, 16 ans, en a marre. Marre que l'équipe de foot de son lycée se croie tout permis. Marre qu'on impose des règles vestimentaires aux filles, mais jamais aux garçons. marre du sexisme dans les couloirs du bahut et des profs qui ferment les yeux. Plus que tout, Vivian en a marre qu'on lui dise qui elle doit être. 
Vivian Carter dit STOP. 
Et si toutes les filles se rassemblaient pour qu'enfin sonne l'heure de la révolution ? 
LES MOXIE GIRLS CONTRE-ATTAQUENT !

Lorsque ce livre nous avait été présenté lors de la rencontre avec les éditrices de Bayard et Milan en décembre dernier, j'étais sûre qu'il était pour moi !
Les thématiques abordées sont celles qui me préoccupent de plus en plus aujourd'hui et j'avais hâte de voir comment l'autrice allait pouvoir traiter tout cela.

D'emblée je peux le dire: j'ai adoré ce livre ! Il fait partie de ces romans qui vous prennent dès la première page et ne vous lâchent plus, même lorsque la lecture est terminée.
Les événements qui y sont décrits tournent et retournent dans notre tête et on ne peut que continuer d'y penser, des jours voire des semaines après l'avoir refermé.

L'un des gros points forts de ce roman est sans conteste son personnage principal: Vivian est une lycéenne normale, qui suit son petit bonhomme de chemin avec ses amies, mais qui commence à être révoltée par les passe-droits qui sont accordés aux joueurs de l'équipe de foot masculine du lycée, et aux garçons de manière générale.
Ces derniers peuvent insulter, dénigrer et même toucher les filles du lycée sans qu'aucune sanction soit prise à leur encontre. Pire: des inspections vestimentaires sont imposées aux filles, afin que leurs tenues ne distraient pas la gent masculine.

Alors Vivian, inspirée par le passé de sa mère, décide de créer et distribuer le fanzine Moxie, afin de clamer haut et fort que ce sexisme ambiant doit cesser. 
Se créée alors un mouvement de solidarité, qui va prendre de plus en plus d'ampleur et inciter les filles à se regrouper et à s'entraider, déclenchant un immense élan de sororité qui va aller encore plus loin.

Mais Jennifer Mathieu va encore plus loin en mettant en scène le personnage de Seth et elle le fait avec énormément de pertinence. A travers ce personnage, l'autrice montre qu'aussi compréhensif qu'il puisse être, il n'a jamais été confronté à la violence que les filles et les femmes peuvent subir dans leur quotidien. Il y a donc des choses qu'il peut difficilement comprendre et appréhender, alors qu'elles paraissent  logiques à nos yeux.

Ajoutons à cela les nombreuses références littéraires, musicales et féministes parsemées par Jennifer Mathieu tout au long de son livre, et nous obtenons un véritable petit bijou de papier.

Moxie est donc un roman coup de poing comme il en faudrait plus. Un roman à mettre entre toutes les mains afin de déconstruire les concepts d'inégalité qui nous sont inculqués dès l'enfance et qui finissent par devenir la norme de notre société.


Les infos utiles

Le site de Jennifer Mathieu
Sa page Facebook
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Parution VO: 19 septembre 2017 - Roaring Brook Press
Parution VF: 6 mars 2019 - Editions Milan

Pour tenter de gagner un exemplaire de #Moxie et ses goodies, un concours est organisé sur mon Instagram jusqu'au vendredi 15 mars minuit