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lundi 21 juin 2021

Ranee Tara Sonia Chantal Anna - Mitali Perkins


Des années 1960 aux années 2000, cinq femmes cherchent leur propre voie, entre leur culture indienne et le rêve américain auquel elles aspirent. 
Ranee migre avec sa famille du Bengale à New York pour une vie meilleure. Tara, sa première fille, est admirée par tous, mais se sent obligée de jouer un rôle pour continuer à être aimée. Sonia, sa cadette, rebelle et engagée, provoque un véritable séisme au sein de la famille lorsqu'elle tombe amoureuse. Chantal, la fille de Sonia, talentueuse danseuse et athlète, est prise dans une lutte entre ses deux grands-mères et ses origines. Anna, enfin, reproche à sa mère, Tara, de l'avoir forcée à quitter l'Inde pour les États-Unis et doit trouver sa place à New York. 
Le fragile équilibre que les femmes de la famille Das peinent à trouver est chaque jour menacé par des blessures qui mettront des générations à cicatriser.

Vous le savez, j'aime me laisser surprendre par les couvertures des romans que je lis, sans trop en savoir en amont. Et même si j'avais lu le communiqué de presse avant de le recevoir, à l'arrivée je ne me souvenais plus trop de quoi retournait ce roman et c'était tant mieux ! 
J'ai pu me plonger dedans sans aucun à priori et cela a été une merveilleuse découverte.

J'aime beaucoup les histoires de famille et celle de la famille Das est une vraie mine d'informations, de révélations, de conflits parfois, mais aussi d'amour.
Ce récit, centré sur les cinq femmes de la famille est à la fois doux et puissant, à l'instar de ses protagonistes.

J'ai énormément apprécié de suivre des cinq femmes aux caractères totalement opposés dans les différentes étapes clés de leur vie et découvrir comment elles surmontaient les obstacles pour mener la vie qu'elles souhaitent. Evidemment ceci ne se fait pas toujours sans heurt ou sans cri, mais toutes ont le courage de leurs convictions et c'est précisément cela qui les fait avancer. 

J’ai adoré le caractère combatif et les convictions féministes de Sonia, l’indécision de Tara, l’assurance de Chantal, le pragmatisme d’Anna et la métamorphose de Ranee. 
Vous imaginez aisément qu'avec de tels tempérament, l'autrice nous réserve quelques discussion animées, voire houleuse entre ces pages. Mais cela donne justement plus de poids aux idées de chacune.

On pourrait reprocher au récit de ne pas s'attarder équitablement sur chaque héroïne - et c'est vrai que j'ai éprouvé un petit manque du personnage de Tara - mais globalement chacune prend la parole à un moment du roman où cela se justifie, ce qui donne un récit très bien construit.

En conclusion, c'était un vrai plaisir de plonger au coeur de la famille Das, de suivre leur quotidien et d'avoir un point de vue concerné sur la question de l'immigration et de l'intégration aux Etats-Unis. Mitali Perkins parvient avec énormément de justesse à nous livrer son point de vue sur la construction de l'identité et c'était tout simplement superbe.


Les infos utiles

Le site de Mitali Perkins
Parution VO: You bring the distant near - 10 octobre 2017 - Farrar, Straus & Giroux Inc 
Parution VF: 2 juin 2021 - Bayard

lundi 26 avril 2021

La vie vue d'en bas - Stacey Lee


Atlanta, 1890, Jo est une jeune Chinoise, domestique le jour et chroniqueuse pour le journal de la ville la nuit. Elle tente de bousculer les mentalités et de trouver sa place dans une société profondément sexiste et raciste. 
Un roman historique et initiatique palpitant qui montre le combat de Jo pour sortir de la misère avec son père adoptif. Une héroïne inspirante dans un roman intelligent, tout en nuances, avec des personnages très travaillés, qui s'éloignent souvent des clichés dans lesquels on voudrait les enfermer.

Mon amour pour les romans historiques a été grandement rassasié avec ma dernière lecture, puisque La vie vue d'en bas nous propose de plonger au plein coeur de la ville d'Atlanta en 1890 et d'y suivre le quotidien de Jo, une jeune chinoise qui vit avec son père dans le sous-sol d'un journal local.

Renvoyée de la chapellerie où elle travaille à cause du fait qu'elle "n'a pas sa langue dans sa poche", Jo se voit contrainte de retourner travailler comme femme de chambre chez les Payne, une des familles influentes de la ville. C'est là qu'elle a grandi et fait ses premiers pas de domestique et c'est là que son père travaille encore.

Alors qu'elle bouillonne intérieurement face à l'injustice qu'elle subit, Jo décide d'écrire un article qu'elle soumet au journal de la famille Bell sous le pseudonyme de Miss Sweetie. Elle espère ainsi faire bouger les choses à Atlanta, tout en permettant au journal d'attirer plus de public, ce qui lui permettrait de garder un toit au-dessus de la tête.

Ce qui était au départ une démarche un peu égoïste se transforme alors en combat pour l'égalité. La détermination qui anime notre héroïne sera partagée par d'autres personnes au fur et à mesure des parutions du journal et la jeune femme finira par trouver des allié·es parfois très inattendus.

Si au premier abord les différents personnages secondaires peuvent paraître caricaturaux, au fur et à mesure que les pages du roman se tournent, on sent qu'il n'en est rien. Chacun et chacune va au-delà des préjugés qui pourraient lui coller à la peau et tente de sortir son épingle du jeu de manière astucieuse.

Peu à peu, les liens entre tous les protagonistes se fait et certains sont tout à fait surprenant. Pour une fois, je n'ai pas vu les plus grosses révélations venir, alors que j'ai pourtant du flair à ce niveau. C'est dire si Stacey Lee maîtrise son récit.

J'ai véritablement adoré ce roman. L'autrice aborde dans son récit des sujets tels que le racisme et le féminisme qui étaient d'une grande importance à l'époque et que le sont encore tout autant aujourd'hui. C'est peut-être un roman historique, mais il est encore drôlement d'actualité ! 

Par contre, je trouve le choix de couverture des éditions Milan très moyen. En plus d'être esthétiquement bancal (personnellement je ne me serai pas retournée dessus en librairie), la couverture pourrait laisser penser que ce roman est plus enfantin et léger qu'il ne l'est en réalité. De plus, cette illustration invisibilise totalement le caractère racisé du personnage principal, ce qui n'était pas le cas avec la couverture VO.

En conclusion, à part une couverture française qui ne rend - à mon sens - pas justice à son contenu, ce roman est une vraie pépite. Un livre qui pose les bonnes questions, qui met le doigts sur des choses qu'on ne voyait pas ou qu'on ne voulait pas voir et qui mets en scène des personnages diversifiés.
C'est carton plein en ce qui me concerne.

Les infos utiles

Le site de Stacey Lee
Parution VO: The Downstairs Girl - 13 août 2019 - G.P. Putnam's Sons Books for Young Readers 
Parution VF: 17 mars 2021 - Editions Milan

lundi 19 avril 2021

La dame des murs - Silène Edgar


Mara Galanta est La Dame des murs, chanteuse d'opéra célèbre pour avoir chanté au pied du mur de Berlin en 1972. Depuis, des anonymes du monde entier lui écrivent pour lui parler de « leur mur ». Rebelle, riche et talentueuse, Mara est aussi une grand-mère peu attentionnée, irritable et solitaire. 
Emma est sa petite-fille. Impétueuse et ne manquant pas d'humour, elle aussi a la sensibilité artistique, elle ressemble plus à sa grand-mère qu'elle ne voudrait le reconnaître. À 14 ans, elle cherche encore à dessiner les contours de son identité, à se définir comme amie, comme jeune fille. Il lui manque un morceau du puzzle, un morceau tenu secret par Mara : à 18 ans, sa grand-mère s'est enfuie de Lettonie, un pays soumis à la dictature soviétique. Depuis, elle n'y est pas retournée, bien que le rideau de fer soit tombé. Et elle n'en parle jamais. 
Quand Emma demande à Mara de l'emmener en Lettonie pour découvrir ses secrets, elle s'est assuré que la vieille dame ne pourrait pas le lui refuser. Ce dont elle ne se doutait pas, par contre, c'est qu'une vieille dame mystérieuse et un souffle de magie allaient s'en mêler. 
C'est le début d'un voyage dans le temps qui va réveiller bien des souvenirs.

Vous le savez si vous me suivez ici depuis un moment, j'aime beaucoup les romans historiques, qu'ils soient destinés à un public adulte ou jeunesse et j'aime particulièrement les écrits de Silène Edgar. Il était donc tout à fait logique que je me lance dans la lecture de La Dame des murs.

Pour être tout à fait honnête, j'ai eu besoin d'un chapitre pour m'adapter à la construction du roman. Par moment je ne savais pas de quel point de vue était écrit le paragraphe que je lisais. Mais une fois que j'ai compris le principe, la lecture a coulé toute seule.

J'ai aimé suivre Emma et Mara, car malgré leurs différences elles forment un duo très attachant. D'un côté nous avons une adolescente au caractère affirmé qui voudrait apprendre à connaître cette grand-mère plutôt taiseuse et de l'autre une femme qui a du mal à vivre avec son passé et qui le renferme tout au fond d'elle-même.

Ces deux-là vont alors avoir six jours pour se découvrir et mieux se connaître, tout cela dans le cadre d'un voyage en Lettonie, pays d'origine de Mara.
Si ce retour aux sources est compliqué pour la cantatrice, Emma y voit l'occasion d'en apprendre plus sur sa grand-mère et sur l'histoire de sa famille. 

Peu à peu - et avec l'aide d'une petite touche de fantastique - nos deux héroïnes vont s'apprivoiser. Avec parfois des petits accros, elles vont retracer le passé de Mara et nouer des liens forts.

Même si j'ai rapidement compris tous les enjeux de ce roman, j'ai passé un agréable moment de lecture. J'ai littéralement dévoré ce livre en une après-midi et j'en suis ressortie avec une sorte de petit spleen, tant je m'étais attachée à ces deux héroïnes originales.

J'ai aimé le tempérament ardent de Mara, même si par moment j'avais parfois l'impression d'avoir affaire à une protagoniste bien plus jeune, notamment par rapport à ses réactions et à ses expressions. Elle est têtue et bornée, ce qui l'amène à ne pas toujours faire preuve de discernement. Emma parait, au contraire, plus mature que son âge, ce qui donne un contraste assez saisissant entre elles.

En complément à cette jolie relation, j'ai apprécié en apprendre plus sur cette période de l'histoire que je connais assez peu: celle de la Guerre Froide, de l'Europe de l'Est et de l'Ouest et de tout ce que cela a impliqué pour des millions de personnes.
J'ai également aimé les lettres reçues par Mara, qui nous font prendre conscience que même si le Mur de Berlin est tombé il y a plus de trente ans, d'autres murs existent et empêchent des personnes de vivre dignement et dans de bonnes conditions.

En bref, j'ai beaucoup aimé La Dame des murs. J'ai ressenti énormément d'émotions durant ma lecture, et encore aujourd'hui elle me trotte dans la tête. Je pense qu'elle fait aisément partie de ces lectures qui vous marque dans une vie de lecteurice.


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Parution: 17 mars 2021 - Castelmore