mercredi 17 avril 2019

Interview de Nob


Lors de la dernière Foire du Livre de Bruxelles qui s'est déroulée du 14 au 17 février 2019, j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer et interviewer plusieurs auteurices de chez Dupuis.
Outre le fait que j'étais plus excitée encore qu'un enfant la veille de Noël, j'ai passé de très bons moments en leur compagnie et j'ai pu apprendre pas mal de choses.

Voici la retranscription de ma dernière interview; celle de Nob, que j'ai pu rencontrer quelques minutes avant sa dédicace du dimanche (il est d'ailleurs arrivé un peu en retard à cause de cela... oups !)
Voilà encore une chouette expérience que je n'oublierai pas, car il est très sympa et très accessible.

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Comment est-ce que Dad et ses filles sont nées ?

Nob: Ça a démarré dans Spirou, début 2014. Ça fait déjà cinq ans. Le principe c'est que j'étais régulièrement dans Spirou grâce à l'atelier Mastodonte depuis à peu près deux ans et à l'occasion d'une occasion d'une rencontre avec Frédéric Niffle, il a émis le souhait de me voir dans Spirou de manière plus récurrente et plus régulière que via l'atelier Mastodonte et il m'a demandé si je n'avais pas une idée. Et c'est vrai que j'avais envie de parler de la paternité, du coup Dad est né un peu de ça.

Je voulais parler du fait d'être papa, mais je n'avais pas envie de parler de ma propre vie, du coup j'ai créé ce personnage qui avait justement une vie une peu décalée par rapport à la mienne et tout s'est un peu enchaîné par rapport à ça: Qu'est-ce qu'il se passerait ? Qu'est-ce qu'il aurait ce père ?

Au début, je me suis dit que c'était un père et une fille, un père et deux filles, un père et trois filles. Et à partir du moment où j'étais arrivé à "un père et trois filles" je me suis dit que ce n'était pas assez, donc c'était parti pour un père et quatre filles. Et tout le reste a décliné de là: l'idée d'avoir des âges différents, échelonnés un peu façon Dalton qui permettait d'avoir sur la même ligne temporelle, tous les âges de l'enfance auquel un parent est confronté. Du bébé jusqu'à la jeune adulte qui est sur le point de partir de la maison. 
L'idée c'était vraiment d'avoir sur un même plan, tous ces âges-là, puis de jouer sur les différents caractères, ce qui permettait d'avoir une grande variété dans la BD.


Et quatre mamans différentes, c'était aussi une volonté ?

N: C'est venu un peu comme une blague, parce que j'ai dit à l'éditeur "Il a quatre enfants, mais de quatre mamans". C'était une blague parce que je me suis dit que personne n'allait croire à cette histoire et puis finalement tout mon truc ça a été de faire en sorte que ce soit crédible malgré tout.
Du coup il a fallu construire toute une vie à Dad pour qu'on comprenne pourquoi il en était arrivé là.

Mais c'est vrai que finalement c'est quelque chose qui est parti comme un gag, mais c'est quelque chose qui a beaucoup intrigué les lecteurs. Au milieu de scènes et de gags humoristiques ça mettait un peu de mystère autour du personnage et les lecteurs avaient envie de connaître le fond de l'histoire.
Mais même mois je n'avais pas en tête à la base la raison pour laquelle il en était arrivé là, donc ça s'est construit petit à petit.
C'est d'ailleurs pour ça que les mamans on ne les découvre qu'on compte-goutte, parce que je voulais vraiment me laisser le temps de m'approprier les personnages principaux, pour dans un deuxième temps essayer d'imaginer leurs origines.
Tout cela s'est donc fait à la semaine, dans l'hebdomadaire du Spirou.

Au départ les tomes étaient composés de gags, alors que dans ce cinquième tome on sent une évolution arriver, avec par exemple Bébérénice qui marche, Dad qui rencontre quelqu'un. Est-ce qu'il y a une volonté de continuer dans ce sens, ou alors on va revenir aux gags?

N: Je joue un peu entre les deux. Je suis attaché au fait que la temporalité de Dad ce soit le gag, la page hebdomadaire dans Spirou. Et pas que dans Spirou d'ailleurs, car depuis la sortie des albums, les gags sont post-publiés dans pas mal de magazines, soit à la semaine, soit au mois suivant le magazine.
Mais étant donné que c'est vraiment une tranche de vie, c'est important que n'importe qui puisse lire la planche de gag sans pour autant se préoccuper de la temporalité de l'histoire.

Il est vrai que les lecteurs de maintenant sont habitués aux séries comme Les Nombrils qui devient des histoires suivies, ou même simplement aux séries où il y a toujours une évolution.
L'écriture des séries TV ça a vachement influencé l'écriture de Dad. Par exemple Friends qui a vingt ans, c'était aussi des épisodes à la semaine, des tranches de vie, mais où on pouvait quand même voir une évolution. On peut regarder les épisodes de manière totalement indépendante, ou suivre la série du début à la fin.
J'essaie de garder cette écriture là, qui fait que quelqu'un peut prendre l'histoire à n'importe quelle page et savourer le gag, mais où quelqu'un qui suit la série depuis le début, connait les tenants et les aboutissants peut y trouver son compte aussi.

Le tome 5 c'était un petite rupture, ça me permettait d'évoquer des choses qu'on me demandait tout le temps, comme "Est-ce que Dad va refaire sa vie?" "Est-ce que Bébérénice va grandit?" etc.
Ca me permettait de mettre un petit palier, mais après sur le tome 6 il y a encore une évolution puisqu'on va découvrir les parents de Dad. L'univers s'agrandit, mais fondamentalement je reste sur ce type de format. Je ne vais pas passer tout d'un coup sur de grands albums à suivre, parce que je trouve que ce n'est pas l'ADN de la série.

Je vous suis sur votre page Facebook et je lis les petits sketchs de La cantoche et je trouve qu'il y a une petite ressemblance entre le cuisinier et Dad.

N: C'est normal, c'est parce que c'est le même auteur. *rire*
C'est marrant, parce qu'on me le dit souvent, mais c'est simplement parce qu'on a des personnages sous la main, surtout quand on dessine des séries qui reviennent.
La cantoche c'est trois pages par mois dans J'aime lire, Dad c'est toutes les semaines dans Spirou, donc forcément à un moment donné on a sa galerie de personnage et on a beau essayer de les faire évoluer d'un côté ou de l'autre, je sais qu'à chaque fois j'ai des archétypes graphiques et quand j'essaie de partir vers autre chose ça sonne faux.



On me dit aussi que la cantinière ressemble à Bébérénice adulte. Je sais que j'ai des codes graphiques de ce type, un peu comme Tezuka qui avait ses personnages à qui il faisait jouer des rôles différents.
Mais on me fait souvent la remarque du cuistot et en effet il y a le gros nez et tout le reste, mais pour moi ce n'est vraiment pas Dad. C'est peut-être un cousin lointain *rire*
Autant parfois ça pourrait être le même personnage avec une coiffure différente, autant là je le trouve très différent. Mais je comprends qu'on puisse trouver qu'il y a un cousinage. 

Vous savez déjà jusqu'où vous voulez aller avec Dad

N: Des idées j'en ai plein, ça c'est pas du tout un souci. Au fur et à mesure il y en a toujours des nouvelles qui arrivent, mais c'est vrai que le jour où il n'y en aura plus il faudra se poser la question de savoir quand est-ce que ça devient pénible à animer. 

Quand j'ai commencé Dad, j'avais envie de traiter plein de trucs et je pensais que tout ça serait traité dans le premier album.
Fondamentalement toutes les idées que j'avais en commençant, se retrouvent dans les cinq premiers albums. Maintenant que je fais intervenir les parents, je commence à faire évoluer l'univers mais ça ouvre encore de nouvelles perspectives.
C'est quand même une série où il y a beaucoup de personnages principaux et quand je commence à réfléchir sur quoi je vais appuyer, je me rend compte qu'il y a des choses dont je ne parle pas.
Par exemple dans cet album Panda n'est pas très présente et du coup je pourrai faire un album entier qui se consacre juste à elle.


Rien que le dessin de chaque fille, peut appeler des évoluions qui peuvent aller loin. Pareil pour les mamans: on les voit finalement assez peu, alors que j'aurais envie de les animer beaucoup plus avec tout ce que j'ai à raconter dessus.
Donc je n'ai pas de problème d'idée, ça ne m'angoisse pas du tout. 
En commençant, je ne m'étais pas rendu compte qu'il y avait autant de possibilités. J'avais un mécanisme de base et je me suis dit "Voyons voir ce que ça va donner" mais au fur et à mesure des pages je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de choses à faire.
Même toute la partie professionnelle de Dad qui n'est finalement qu'évoquée, j'ai plein de potentialité avec. C'est une série qui est tellement riche à mon insu que je n'ai pas de souci et que je ne me dis pas que ça va s'arrêter à tel moment.

Est-ce qu'il y a des gags inspirés de faits réels ?

N: Oh oui ! *rire*
Il y en a beaucoup. La réalité influe complètement sur Dad, mais c'est comme une matière première, après il faut la travailler. 
Parfois ce ne sont même pas des trucs drôles de la vie courante qui vont donner des gags drôles. C'est juste une réflexion de la vie familiale, des enfants, des nous en tant que parents. Parce que finalement Dad ça peut être aussi bien moi que mon épouse, parce que c'est un peu la relation qu'on a avec nos enfants.

Selon les relations que l'on a avec eux, ça nourrit le personnage de Dad, parce que le propre de la série ce n'est pas "un père et ses filles", c'est la relation parent-enfant.
Il y a souvent plein de choses du quotidien qui se retrouvent de manière plus ou moins fortes dans la BD.
Il y a des gags, c'est très visible, j'imagine vraiment des choses très précises à mettre en scène de notre vie familiale, des fois c'est beaucoup plus lointain et parfois même ça m'échappe complètement. Je me rend compte après coup qu'un gag correspond à telle ou telle situation vécue. 
Mais ça se nourrit vraiment de notre quotidien, c'est certain.

Par contre si j'ai créé un personnage qui n'était pas moi, c'est parce que je ne voulais pas faire d'auto-fiction. Je n'avais pas envie de dessiner nos enfants tels qu'ils étaient, de les enfermer dans une image de bande dessinée, je trouvais ça un peu triste.
Au début leur modèle était plus présent que maintenant. Ils ont leur propre vie et les filles de Dad ont leur propre vie dans les albums et finalement tout ça est de plus en plus éloigné et ça influe de manière différente qu'au début de la série.

Vos enfants se retrouvent parfois dans les gags ? Du genre "Ah, ça c'est moi qui l'ai fait !"

N: Oui bien sûr. Et ça les amuse quand ils se reconnaissent.
Et parfois je leur fait lire un gag que je viens d'écrire parce que c'est un truc précis qui les concerne, mais finalement il n'y en a pas tant que ça. 
Et puis c'est le genre de truc, à la longue on n'en parle plus, parce que ça fait partie du quotidien. 
Par contre, dès que le Spirou arrive, ils veulent lire le gag qui est dedans. Ils ne veulent pas forcément le lire à la maison quand il est dessiné sur l'ordinateur, ils attendent qu'il soit publié dans le Spirou.
Après, on n'en parle pas tant que ça, sauf s'il y a vraiment un truc particulier.
Par contre ici ça faisait un petit moment qu'il n'y avait pas eu de Dad dans Spirou et ma fille m'a dit que ça lui manquait, alors qu'on n'en avait jamais vraiment parlé, du coup ça m'a fait plaisir qu'elle le dise.
Ca reste toujours un truc un peu compliqué pour les enfants d'auteurs je crois. Ils voient bien l'inspiration et ce que j'en prends pour la BD, mais je pense qu'ils préfèrent le laisser un peu de côté. 

Hé bien merci pour cette interview, c'était très sympa.

N: Merci à toi

Dad par Nob © Dupuis 2019

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