mercredi 2 octobre 2019

Interview de Karensacà la Fête de la BD de Bruxelles


Voici donc ma première interview réalisée lors de la Fête de la BD de Bruxelles.
Théoriquement ce n'est pas la première, vu qu'elle a eu lieu le samedi, mais c'est la première que j'ai pris le temps de retranscrire. Oui, je fais ma rebelle...
Les autres interviews arriveront très prochainement.

Bonne lecture !
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Avant toute chose, question importante: comment va Brioche (nda: son chien):

Karensac: Brioche est tombé dans une piscine, mais il va bien. Il est en pleine forme.

D'où vient l'idée du personne d'Aubépine et de son histoire ?

K: En fait j'ai grandi à la montagne, jusqu'à mes huit ans et j'ai toujours beaucoup aimé ça. L'idée c'était de créer une petite fille comme héroïne, mais qui ferait autre chose que des activités dites "de fille" comme de l'équitation, de la danse - même si c'est très bien de faire ça. 
Parce que souvent dans la bande dessinée on a des héroïnes un peu passives et là j'avais envie d'en créer une qui allait vivre plein d'aventures. En fait je suis très très fan de tout les dessins animés américains de type Adventure Time ou Gravitiy Falls, donc j'avais envie de faire quelque chose dans cette idée. 
Mais il y a aussi d'autres référence comme Over the Garden Wall, ce genre d'univers un peu fantastique, mais avec une héroïne.

Pour casser les codes et des stéréotypes ?

K: En fait je ne me suis pas vraiment posé la question. Pour moi ça allait être une héroïne et pas un petit garçon. Je ne me suis pas dit qu'il fallait que ce soit une héroïne, c'était juste naturel pour moi de faire une petite fille.

Le prénom d'Aubépine t'est venu tout de suite ?

K: Alors non. En fait j'avais dessiné le personnage et j'avais mis sur Facebook: "J'aime bien ce personnage, j'ai envie d'en faire quelque chose et j'ai déjà ma petite idée. Par contre je n'arrive pas à lui trouver un nom, donc est-ce que vous avez des propositions?" et j'ai eu plus de 150 propositions et quelqu'un a proposé Aubépine et j'ai vraiment flashé sur le nom. C'était à la fois sympa et original, tout en étant un vrai prénom.
En plus ça tombait bien puisque c'est justement un arbre qui a des épines, je trouvais ça assez cool. Malheureusement je ne me rappelle plus du nom de la personne qui a proposé ça, parce qu'il y a déjà quatre ou cinq ans.

Et finalement ça colle bien avec tout ce que tu as fait autour. Le nom du personnage marche très bien avec tout ce qu'il lui arrive et avec le fait qu'elle passe de la ville à la montagne.

K: Oui, en plus l'aubépine c'est un arbre qu'on retrouve à la montagne justement. 
D'ailleurs c'est marrant parce que pendant les vacances, j'étais justement dans la montagne et j'ai vu des aubépines dans des coins complètement paumés de là où on était, alors qu'on avait justement quitté le sentiers où on marchait. 
Donc j'étais là à m'extasier "Oh regardez des aubépines" et mes parents étaient un peu blasés "Oui c'est bien, mais maintenant il faudrait retrouver notre chemin parce qu'on est perdus." *rire*

Si j'ai bien suivi, il y aura quatre tomes: un pour chaque saison. Tu comptes t'arrêter là ou tu as envie d'aller plus loin?

K: Il y aura effectivement quatre tomes, avec le quatrième qui sort en janvier et qui se déroulera au printemps. Après avec Thom Pico, on va sûrement se lancer sur un deuxième cycle, qui sera aussi en quatre tomes et où on gardera le principe des saisons, mais où l'action ne se passe plus à la montagne. 
Mais ça ne se passe pas à la ville non plus. Ca se passe dans un autre cadre; un peu plus marin et un peu plus exotique.

D'accord. J'ai hâte de voir ça !

K: Merci.


Et donc justement, comment se passe ta collaboration avec Thom Pico ? Comment vous gérez votre travail ?

K: En fait on est pote depuis longtemps, ça fait dix ans qu'on se connait. Et on vit vraiment à deux kilomètres l'un de l'autre. Lui fait parfois des petites retraites à la campagne, donc il y a des moments où on ne se voit pas.
Il y a une métaphore que j'aime bien utiliser pour parler de nous. Je dis tout le temps que j'arrive avec mes briques et que Thom m'aide à monter le mur tout en amenant quelques briques à lui aussi.
On réfléchit l'histoire ensemble: moi je lui balance toutes mes idées et lui va m'aider à les canaliser. Ensuite quand on a vraiment réfléchi au squelette de l'histoire lui de son côté va un peu habiller ce squelette en rajoutant les dialogues et le reste. 
Une fois qu'il a fini ça, je reviens dessus en donnant mes idées, en regardant la cohérence de l'histoire et en rajoutant une ou l'autre idée de blague.
C'est vraiment un ping-pong, un échange constant entre nous parce qu'après il peut aussi faire des remarques sur le dessins. 
Remarques que je n'écoute pas, parce qu'il n'est pas dessinateur, donc je ne lui fais pas confiance *rire* En gros c'est vraiment un échange et une collaboration. 
Ce n'est pas juste lui qui fait le scénario de son côté et moi le dessin de mon côté. On discute beaucoup.

Ça doit aider de se connaître depuis autant de temps pour bosser ensemble, non ?

K: Oui ça aide beaucoup.
Après le souci, c'est que comme on se connaît depuis très longtemps, parfois on a tendance à "mal se parler" et à se chamailler, vu qu'on est pote. Mais au moins on est honnête et rien ne reste en plan.

Et il n'y a pas de non-dit.

K: Ah non, là c'est clair, il n'y a aucun non-dit !
Parfois on fait des réunion d'écriture et on se lance des piques, du genre "Mais c'est complètement débile ce que tu mets !" *rire*
Mais clairement, ça se passe bien et c'est pour cela que je continue de faire la suite avec lui.

A part le prochain cycle d'Aubépine, tu as d'autres projets en cours ? En BD ou ailleurs ?

K: J'ai quelques de projets à d'autre à gauche, mais comme ce n'est pas signé je ne peux pas trop en parler. Mais j'ai potentiellement une autre BD adulte avec une scénariste.
J'ai aussi d'autres projets perso, mais en ce moment avec Aubépine je n'ai pas le temps de les développer.
J'ai normalement aussi une autre BD avec une autre scénariste, mais pareil, je n'ai pas encore le temps de faire le dossier et elle travaille pour la TV et n'a pas le temps de s'y mettre tout de suite non plus.
Le truc c'est de trouver du temps. Parce que finalement Aubépine c'est assez chronophage.


Surtout que les dates de sortie des différents tomes étaient assez rapprochées (nda: le premier tome est sorti en avril 2018, le deuxième en septembre 2018 et le troisième en février 2019)

K: Oui, il y a à chaque fois à peu près six mois entre chaque tome, donc c'est du boulot. C'est pour ça que là je suis un peu fatiguée *rire*
Parce que pour écrire le tome 2 et le tome 3 j'ai à chaque fois mis à peu près quatre mois.
Du coup pour le tome 4 je prends un peu plus mon temps. Et c'est agréable de d'avoir un peu de temps pour travailler tranquillement.

Et un peu de recul aussi, peut-être ?

K: Oui, parce que les tomes 2 et 3 je les ai un peu faits dans la précipitation.
Après, je ne suis pas mécontente de ce que j'ai fait, mais parfois je tique sur l'un ou l'autre détail.
Je ne relis pas tout le temps mes livres, mais comme je m'en sers comme base de travail pour les suivants, parfois je me dis qu'il y a certaines choses que j'aurais pu faire autrement.
Par contre, un édition américaine est prévue pour bientôt et ça m'a permis de changer quelques petits détails. Par exemple, pour le premier j'ai changé les montagnes de l'arrière-plan parce que j'ai changé de style de dessin entre le tome 1 et les autres tomes. Du coup c'était plus cohérent de les modifier.
J'ai aussi boosté quelques couleurs, parce que sur mon écran elles étaient super vives mais à l'impression elles étaient plutôt ternes.

Tu es un peu perfectionniste, non ?

K: Oui, oui !
Après ça ne m'empêche pas de dormir, mais là comme l'occasion s'est présentée, j'en ai profité pour faire quelques modifications qui me semblaient pertinentes.

Sinon j'ai vu que tu avais fait des études dans un autre domaine avant de faire de la BD. Tu as fais des études d'architecture, c'est ça ?

K: Oui, je suis architecte.
J'ai terminé mes six ans études et j'ai bossé trois ans dans une agence d'architecte. Mais j'ai toujours fait de la BD à coté.
En gros, pour la petite histoire quand j'avais dix ans, j'ai dit à mes parents que je serai soit architecte, soit autrice de BD. Du coup ils m'ont poussé vers l'architecture, parce que c'était plus sécurisant que la BD. Mais j'ai toujours continué à faire du dessin à côté.
Et finalement aujourd'hui mes parents sont plus fiers que je sois autrice de BD qu'architecte, parce qu'ils voient que je suis plus épanouie dans ce métier.

Donc tu es maintenant à temps-plein sur tes projets de BD. Ca va, ça ne te fait pas trop peur d'être "sans filet" ?

K: En ce moment ça va, vu que j'avais bossé trois ans en agence, j'ai eu deux ans de chômage pour voir venir. Et vu que j'ai Aubépine et quelques petites commandes par-ci par-là, j'arrive à en vivre.
Forcément, en tant qu'architecte ma vie était plus confortable, mais maintenant je peux prendre des vacances quand je veux.
Bon, dans les faits je n'en prends pas du tout vu que je travaille tout le temps *rire*
En tout cas c'est un milieu et un mode de vie qui me correspondent plus.
Mais c'est vrai qu'il y a aussi ce côté flippant de se dire que si je n'ai pas de BD qui sort, je n'ai pas d'argent qui rentre.
Cela dit, en ce moment ça marche, donc je ne m'en fais pas trop. Et comme j'ai encore normalement quatre tomes d'Aubépine qui doivent sortir, j'ai au moins du boulot encore pendant quatre ans, si ce n'est plus. J'ai le temps de voir venir.


Une question qui me turlupine: ça vient d'où le pseudo Karensac?

K: En gros, mon vrai prénom c'est Camille Gautier, mais il y a déjà une illustratrice qui s'appelle comme ça.
C'est arrivé quand je faisais des concours de t-shirt sur M. Poulet, il me fallait un pseudo. Je n'en avais pas, sauf bien sûr mes pseudo de collégienne, mais qui étaient beaucoup trop ringards. *rire*
Je voulais un pseudo qui commence par le son "Ca" comme Camille, mais avec un "K" parce que j'aimais et que je me disais que ça allait faire un peu breton.
Et bêtement, il y avait un paquet de Carensac sur mon bureau, alors que j'en mange pas trop parce que c'est quand même pas terrible le réglisse. Du coup je trouvais que ça sonnait bien comme nom et j'avais mis "Mademoiselle" devant parce que je trouvais ça sympa.
Alors qu'aujourd'hui je le regrette complètement ce mot et je me bats pour l'effacer *rire*

J'ai vu aussi que tu avais un blog, mais que ça fait un moment que tu ne l'as plus alimenté. Tu comptes y revenir ou pour toi c'est du passé?

K: Avant j'étais sur mon blog en soirée parce que je bossais comme architecte en journée et que ça me permettait de faire du dessin et de la BD.
Mais maintenant que le dessin est devenu mon quotidien, le soir je n'ai pas envie de dessiner pour moi. J'ai envie de sortir, de bouquiner, de regarder la TV, de faire plein de trucs, mais pas de dessiner, vu que c'est déjà ce que je fais la journée.
Donc ce n'est pas par manque d'envie, c'est plus par manque d'énergie que je n'y reviens pas.
Pour moi, il est un peu en stand-by, mais je sais qu'il est là si jamais j'avais envie de raconter quelque chose. Je ne pense pas du tout faire des notes quotidiennes, mais je n'écarte pas la possibilité d'y revenir de temps en temps.
Après, il y a Instagram qui est devenue une nouvelle plateforme où c'est plus facile de partager des choses avec le public.
Pourtant je suis une grande consommatrice de blog et quand je voyais que certains dessinateurs et dessinatrices n'alimentaient plus leur blog, j'étais triste. Mais quand on passe de l'autre côté, on comprend qu'on a plus de temps et d'énergie à y consacrer.


Tu es une fan de BD en général ?

K: Ah oui !

Qu'est-ce qui t'as le plus marqué en BD ?

K: Récemment ou dans ma jeunesse ?

Oh bah les deux ! *rire*

K: Petite, mes parents lisaient énormément de BD, donc j'en ai toujours eu à la maison. J'étais une très grande fan de Picsou et j'adorais Don Rosa. J'étais déjà pointilleuse à l'époque, genre "Moi je préfère Don Rosa parce que c'est mieux dessiné que les autres." *rire*
Une de mes premières claques c'était donc Don Rosa et j'avais dix ans. Et je voulais feuilleter les Picsou, mais on ne pouvait pas parce qu'ils étaient sous plastique. Et quand j'achetais un Picsou et qu'il n'y avait pas de Don Rosa à l'intérieur j'étais ultra frustrée.
Ma deuxième claque ça doit être vers 13 ou 14 ans quand je suis tombée sur le travail d'Aude Picault.
J'ai aussi découvert le manga à cette époque et ça a été une grande révélation aussi. Mon premier manga, c'était un manga un peu naze, c'était Love Hina. Et en anime, j'ai loupé toute la période Sailor Moon et tout le reste, mais j'ai regardé et adoré Card Captor Sakura.

Et ailleurs qu'en BD, quelque chose qui m'a énormément décomplexé sur mon dessin, c'est Adventure Time. Souvent ce sont des histoires un peu absurdes, mais c'est hyper drôle et ça parle autant aux enfants qu'aux adultes.
Quand j'ai vu ça, je me suis dit que c'était ça que je voulais faire.

Oui, je trouve que quand on lit Aubépine on sent la référence à Adventure Time.

K: En plus je cache des références à Adventure Time constamment. J'en mets partout. *rire*
Et j'adore ça parce que que les personnage n'ont pas d'articulations. Ils ont les bras mous. Du coup, Aude Picault et Adventure Time m'ont débloqué dans le dessin, à des moment différents. Aude Picault m'a fait réalisé qu'on pouvait avoir un trait beaucoup plus lâchés, sans que cela ne nuise à la lecture et Adventure Time c'était plus le fait de pouvoir plaire à la fois aux enfants et aux adultes.
En plus je me rends compte que notre génération, les adultes qui ont aujourd'hui 25-30 ans, ne sont pas fermés aux dessins animés, comme nos parents à l'époque qui disait que c'était pour les enfants.
Je pense que notre génération est beaucoup plus ouverte à ce média et à celui de la BD.

Merci d'avoir répondu à mes questions. J'ai passé un très chouette moment avec toi.

K: Oui moi aussi. Merci à toi.

Aubépine par Karensac Thom Pico © Dupuis 2019

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